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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/262

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à chacun sa place de combat, le général n’eût trouvé d’opposition ni parmi ses collègues, ni dans la France.

Agir ainsi ce n’était pas seulement donner toute son efficacité à la guerre, c’était en outre parer aux périls intérieurs. Soumis à la discipline militaire, soustrait à l’atmosphère des clubs, aux excitations des meneurs, aux violences de la presse, le peuple de Paris et des grandes villes cessait d’offrir une proie aux factions. Les démagogues eux-mêmes, dans ces premiers jours, avaient comme perdu pied dans la profondeur du patriotisme général. Bien que cette discipline ruinât leur plan, ils n’eussent pas osé protester contre elle par peur de paraître mauvais Français ; et leur petit nombre, dispersé dans les divers corps de troupes, s’y serait annulé. La translation du gouvernement hors Paris eût enlevé même tout intérêt aux tentatives révolutionnaires dans la ville où elles sont le plus à craindre. C’est la France que la démagogie a toujours prétendu conquérir à Paris. Or, dans Paris vide du pouvoir politique et séparé de la France par l’investissement, une insurrection même heureuse n’eût livré aux vainqueurs qu’un pouvoir borné dans l’espace par les lignes de l’ennemi, dans la durée par une capitulation probable ; ils n’auraient gagné les premières places qu’à un bombardement et à une famine. Enfin, en prenant par de tels actes possession du pouvoir, Trochu assurait à ses idées et à sa personne, dès ses premiers actes, la primauté qu’il avait revendiquée dès l’abord comme nécessaire au salut public. S’il demeurait dans la capitale abandonnée par le gouvernement, délivrée de la politique, devenue une place forte et peuplée de soldats, il échappait à l’obligation de protéger ce gouvernement contre une opposition révolutionnaire, de subordonner sans cesse sa conduite aux caprices d’une opinion mouvante et aveugle : tout son temps, toute son intelligence, toute son énergie, au lieu de se disperser en besognes parasites, eussent été au service de l’action. Et si, par une vue plus haute, persuadé que le rôle de Paris se bornait à retenir devant ses ouvrages les forces allemandes, et que plus d’un général était apte à conduire cette défense, mais que lever et conduire les forces de la France était la tâche la plus difficile, la seule décisive, celle du chef, Trochu eût mis en province au service de ce grand effort sa volonté méthodique, réfléchie, persévérante et par cela même trois fois précieuse ; il aurait là encore, en organisant la lutte contre l’étranger, affermi la paix intérieure. Employer comme il le voulait, sans préoccupation de parti, tous les Français réconciliés dans le patriotisme était le vœu même de la nation. Elle l’aurait soutenu d’un assentiment unanime ; les autres membres du gouvernement auraient subi l’influence du milieu ; l’on évitait les conflits entre les