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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/259

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des mouvemens militaires, la rendre par ce commencement d’éducation apte à tenir derrière les ouvrages qu’on établirait sous ses yeux ; les fortifications achevées, accroître le nombre de leurs défenseurs en donnant à leur tour, à ceux qui les auraient faites, les fusils qui pendant ce temps auraient été créés ou transformés, et, relevant par cette seconde armée la première, permettre à celle-ci, déjà aguerrie par la vie d’avant-poste, de sortir hors des ouvrages, de donner un peu d’air à la place, de tenter contre l’assiégeant quelques opérations ; installer dans les casernes, lycées et édifices que la guerre laisserait sans emploi, les hommes moins valides auxquels serait confiée la défense des remparts et la police de Paris : tels étaient les seuls moyens d’assurer au service de cette armée intérieure la régularité ; de former vite l’armée extérieure ; de fournir aux divers besoins des troupes par un travail réglé dans son activité ; d’obtenir enfin la consommation régulière et économique de vivres. Le cantonnement et le casernement de toutes ces troupes eût décidé par surcroît le départ des vieillards, des femmes et des enfans. A peine les fils, les maris et les pères auraient-ils renoncé à cette vie familiale dont la douceur et les devoirs retinrent à Paris tant de personnes inutiles à la défense, celles-ci n’auraient plus eu de raisons pour rester au foyer vide ; ceux-là, songeant aux dangers et aux souffrances de l’avenir, auraient souhaité l’éloignement des êtres qui leur étaient chers. Après ce sacrifice de leurs affections les plus proches, leur vigilance eût rigoureusement interdit l’accès de la ville à tous les réfugiés du dehors. Et la prolongation ainsi assurée de la résistance à Paris eût donné à la France plus de temps pour réunir ses forces contre l’Allemagne.

L’œuvre à accomplir en province était plus laborieuse encore. Sur la vaste étendue de la France, tout était distant et rien n’était prêt. La seule apparence d’organisation était le rassemblement commencé de gardes mobiles sans uniformes, sans armes, sans artillerie, sans intendance ; dans ces départemens accoutumés à suivre l’impulsion de l’Etat, organisés savamment pour ne pas agir et ne pas vouloir, il y avait peu à compter sur la vigueur des initiatives ; se produisissent-elles, elles ne seraient dans chaque région, si une autorité ne les coordonnait, qu’une impuissance tumultueuse. Le gouvernement seul était en état de donner cette impulsion, de discipliner ces efforts, de hâter la transformation de la France en un arsenal et en un camp. Or si le gouvernement demeurait dans la capitale, il courait risque d’être dans quelques jours coupé de toute communication avec cette France, qui contenait les grandes réserves de forces, et d’où devait venir le salut. Il fallait pour ce salut qu’il restât en rapports permanens,