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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/258

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quiconque, étranger à la ville, voudrait y chercher refuge. Seuls devaient y pénétrer du dehors les soldats de Vinoy et les marins, parce que pour tenir contre l’ennemi dans les premières rencontres et inspirer confiance à la population, il était besoin de troupes faites : toute introduction dans Paris de corps non exercés était une grave faute, car Paris avait au-delà du nécessaire des recrues déjà sur place, plus intéressées à défendre leur ville, et, grâce à la vivacité d’intelligence qui est particulière au peuple parisien, capables d’une formation plus prompte. Au lieu d’accroître la population, il restait à faire sortir les « bouches inutiles » ; il restait à susciter dans les contrées qui n’étaient pas menacées par l’ennemi, des dispositions généreuses envers les Français transportés hors de Paris pour le salut de la France ; il restait à assurer aux frais de l’Etat, et où il serait nécessaire, la subsistance de ces Parisiens qui se trouveraient sans ressources.

Un seul pouvoir, le militaire, disposait de droits assez absolus pour accomplir ces miracles de promptitude et d’ubiquité. Qu’hommes et choses fussent placés sous sa main ; que tous les Français en état de servir fussent déclarés soldats, soumis à l’existence et à la discipline militaires, et, au nom de cette discipline, appliqués d’après leurs aptitudes et selon la libre volonté de leurs chefs à toutes les besognes alors urgentes ; que les usines, les ateliers, les matières fussent à la disposition du même pouvoir, les plus grandes difficultés étaient par-là même résolues. Les 200 000 Parisiens qui n’étaient même pas enrôlés dépassaient du double l’effectif nécessaire pour protéger les abords de Paris : la plus grande partie étaient des ouvriers de tous métiers, et notamment des terrassiers et manœuvres que les transformations continues de la capitale avaient fixés à Paris comme en un chantier toujours ouvert. Partager d’abord cette masse en trois grandes fractions ; employer tous les hommes habitués à remuer la terre et en aussi grand nombre qu’ils pourraient travailler ensemble au rapide établissement des fortifications extérieures ; prélever les ouvriers du fer et du bois, les boulangers, bouchers, cordonniers et tailleurs, tous ceux qui étaient aptes à fabriquer et à transformer les armes, à équiper, à vêtir, à approvisionner et nourrir les troupes, distribuer ces travailleurs dans les ateliers et magasins de l’État et dans ceux qu’on aurait requis de l’industrie privée ; confier les chassepots déjà prêts aux hommes qui n’auraient pas été employés aux précédentes besognes ; former avec les gendarmes, les sergens de ville, les forestiers, anciens sous-officiers pour la plupart, les cadres inférieurs de cette armée ; l’établir aussitôt hors de l’enceinte, la cantonner dans les villages que les forts protègent, l’exercer sans relâche au tir et aux plus simples