Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/256

Cette page n’a pas encore été corrigée


méthodes et l’inutile usure des forces. L’armée, grossie du nombre et tirant du nombre l’intelligence, aurait repris force, et tout en instruisant les Français se serait elle-même perfectionnée à leur école. Les représentans de la science et de l’industrie l’auraient initiée à la simplicité, à la promptitude qui sont le souci et la nécessité des entreprises privées sous un régime de concurrence et qui, dans l’extrémité où était réduite la France, devenaient la condition de salut. L’impatience patriotique, contenue et non détruite par la discipline et dont les chefs militaires auraient senti sans cesse frémir l’angoisse, était faite pour porter à la plus haute puissance les énergies du devoir. Et si, même avec cette union, le succès était improbable, sans elle l’insuccès était certain.

Nulle part cet ordre dans l’effort n’était aussi nécessaire qu’à Paris. Paris avait une triple tâche : achever les fortifications, recruter les hommes, remplir les arsenaux et les magasins. Tous ces devoirs s’imposaient ensemble : une armée n’existe que le jour où elle possède ce qui lui est nécessaire pour combattre et vivre. Tout retard dans l’action de cette force laissait à l’ennemi la liberté de resserrer l’investissement et de se rendre inexpugnable dans les positions choisies par lui ; et, pour commencer la formation de cette armée, il fallait avoir mis la ville à l’abri d’une surprise. Les maçonneries des grands ouvrages qu’on avait entreprises, n’étaient pas même parvenues à ce point d’avancement où elles fussent utilisables. Le seul parti à prendre était de les abandonner pour des ouvrages en terre, qui dès les derniers coups de pelle et de pioche peuvent être occupés par les troupes, mais qu’il fallait terminer avant l’arrivée de l’ennemi : c’est dire qu’on avait pour ce travail quatorze jours.

Si heureusement que fût accomplie cette triple tâche, on aurait ainsi protégé la capitale contre une prise immédiate, cela ne suffirait pas pour la délivrer. Le siège de Paris était raconté d’avance par celui de Metz. Là, quoique les défenses extérieures fussent médiocres, et bien que les Allemands eussent la supériorité du nombre sur les troupes françaises, ils n’avaient pas tenté de forcer l’enceinte. Fidèle à sa méthode de répandre à flots son sang lorsque le sang est nécessaire, mais d’en épargner jusqu’aux gouttes quand la victoire peut être acquise sans lui, la même armée qui avait couvert de ses morts les pentes de Saint-Privat se contentait d’enserrer de loin les corps français et la ville, et attendait sans combattre que la famine les lui livrât tous deux. Pour repousser une attaque de vive force il y avait, il est vrai, à Metz une armée nombreuse et solide qui manquait