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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/94

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remontent aux sources et s’y plongent hardiment. Ces divergences sont inévitables et jusqu’à un certain point légitimes, parce qu’elles tiennent à la force même des choses. Mais, si l’on se place dans l’absolu, la méthode préconisée par M. Fustel doit avoir toutes les préférences, et celui-là accomplira l’œuvre la meilleure qui sera le plus capable de s’y conformer.


II

Les premiers écrits de M. Fustel de Coulanges portent sur l’histoire de la Grèce et de Rome. Parmi eux, le plus considérable est la Cité antique, qui parut en 1864. Il en avait déjà donné une courte esquisse en 1858 dans sa thèse latine de doctorat ; mais cette ébauche, malgré l’intérêt qu’elle présentait, n’était rien auprès du grand ouvrage qu’elle annonçait.

La Cité antique est trop comme pour que j’aie besoin d’en faire longuement l’analyse. Je me bornerai à rappeler qu’elle a pour objet de marquer le rapport intime qui existait entre les institutions des anciens et leurs croyances. Remontant à leurs origines les plus lointaines, l’auteur prouve que ces populations « envisageaient la mort non comme une dissolution de l’être, mais comme un simple changement de vie », que pour elles l’âme et le corps étaient à jamais inséparables, que le défunt restait à peu près tel qu’autrefois, qu’il lui fallait un tombeau pour demeure, des alimens pour calmer sa faim, du vin et du lait pour apaiser sa soif, des hommages et des prières pour conjurer sa colère et gagner sa bienveillance. De là le culte minutieux dont on entourait les mânes des ancêtres. C’est cette religion domestique qui a « constitué la famille grecque et romaine, établi le mariage et l’autorité paternelle, fixé les rangs de la parenté, consacré le droit de propriété et le droit d’héritage. »

En même temps qu’ils adoraient leurs aïeux, les hommes divinisaient les forces de la nature, et créaient ainsi une seconde religion qui se juxtaposa à la première, sans la supprimer, mais sans se confondre avec elle. Ce culte nouveau « se prêtait mieux que le culte des morts aux progrès futurs de l’association humaine. » Il était, en effet, accessible à toutes les familles, et il pouvait par suite leur servir de trait d’union. C’est lui qui présida à la naissance des cités, en groupant autour d’une divinité commune des familles que leurs cultes particuliers avaient jusque-là isolées. La cité se modela d’ailleurs sur la famille. Elle eut son foyer, son dieu, son culte. Tout chez elle subit l’empreinte de la religion. Ses rois furent à la fois des prêtres et des magistrats. Ses lois furent « un ensemble de rites, de prescriptions liturgiques,