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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/929

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D’autres encore ont voulu comparer la gestion financière de l’administration française à celle des administrations étrangères, ou même à celle de l’ancienne ferme des postes d’avant 1789, comme si d’un siècle à l’autre, et même d’un pays à l’autre, les conditions sociales ne variaient pas suivant des règles dont la statistique ne peut tenir aucun compte. Tous les rapprochemens sont vains et illusoires, aussi bien que les calculs des prix de revient dans les diverses industries. Prenons nos administrations françaises pour ce qu’elles sont ; demandons-leur d’avoir l’esprit de progrès sans répudier la tradition ; pourchassons les abus, s’il en apparaît, mais honorons et encourageons le travail et la probité s’ils s’y trouvent déjà ; c’est là l’essentiel d’une bonne gestion.

Le personnel des postes, télégraphes et téléphones forme, par le nombre, une armée. On y compte environ 37 000 sous-agens (facteurs, gardiens de bureau, surveillans, etc.), qui sont chargés de la distribution des correspondances et des travaux manuels, et environ 21 000 agens, qui, du plus bas au plus haut grade, participent aux opérations des bureaux et les dirigent ou les surveillent. Les deux catégories sont distinctes, en ce sens que les conditions d’instruction, d’éducation, de capacité, pour y être admis, ne sont pas les mômes. Dans chacune, des règles précises déterminent l’avancement de classe en classe, de grade en grade, en sorte que l’arbitraire y ait aussi peu de place que possible. Des examens sont institués pour vérifier l’aptitude de ceux qui aspirent aux grades supérieurs. Dans la catégorie des agens, les femmes sont nombreuses ; il y en a des milliers. L’ancienne administration des postes avait coutume de leur confier la gestion de ses petits bureaux, et l’usage s’en est continué. A une époque plus récente, on les introduisit dans les bureaux les plus importais, à titre d’auxiliaires, pour les opérations qui s’accomplissent hors la vue du public ; ainsi le bureau central des télégraphes à Paris, où tout le travail consiste à transmettre ou recevoir des télégrammes, a moitié de son effectif féminin. Puis on a osé les préposer aux guichets, en face du public, avec l’espoir que ce public, souvent impatient et fantasque, rencontrerait plus de complaisance et montrerait plus de réserve en présence d’une femme ; l’expérience semble avoir confirmé cette prévision.

Peut-être ne tient-on pas assez compte à cette administration de la bonne œuvre qu’elle accomplit en enrôlant chaque année quelques centaines de femmes dans ses divers services. Les emplois qu’elle leur distribue, c’est le gagne-pain de veuves et d’orphelines, le soutien de familles peu fortunées où les enfans sont nombreux. Ce n’est jamais la richesse : de mille francs par an au