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ces titres, il y a place au Tonkin pour l’un des colonels des troupes étrangères ; il serait non seulement injuste de le leur refuser plus longtemps, mais la bonne entente du service semble faire de cette mesure le point de départ de l’organisation à rechercher, pour nos troupes étrangères détachées en Indo-Chine. Etant de ceux qui croient à l’action personnelle du chef, bien plus qu’à l’influence des réglementations, quelque éclairées qu’elles soient, nous commençons par réclamer instamment ce chef, nous rapportant au commandement supérieur du soin d’en tirer tout le parti désirable, tant en raison des difficultés du moment, qu’en vue des meilleures conditions de stabilité à poursuivre.

Quelles que soient les nécessités de défense d’une colonie et le plan qui leur corresponde, les troupes qui y concourent en permanence ont droit à une répartition logique de leur effectif, qui leur permette d’entretenir leur valeur militaire, de se reposer de leurs fatigues, et de refaire leur cohésion. Le fractionnement par secteurs a l’avantage de répondre à une telle conception : les groupemens s’en allant diminuant du centre à la périphérie, et le groupement principal demeurant dans la main du chef, comme une école d’instruction, où les élémens viendraient à leur de rôle se retremper après leur dispersion. A mesure que les circonstances le permettront, il serait à souhaiter qu’un tel système pût être appliqué à la Légion, qui, dans l’émiettement dont elle souffre, voit les liens hiérarchiques se relâcher, l’action du commandement s’annuler, et s’alanguir sa force vive dans le farniente colonial. Sur cette terre d’Extrême-Orient qu’elle a si généreusement arrosée de son sang, il est certain qu’on ne lui marchandera aucune bienveillance de traitement, dans l’intérêt de sa vitalité, de son bien-être et des services qu’elle est encore appelée à rendre à la France. C’est pourquoi il nous semble, en ce qui concerne l’heureuse solution des desiderata que nous formulons pour elle, ne pouvoir plus éloquemment plaider sa cause, en terminant cette étude, qu’en rappelant comment elle se comporta au siège de Tuyen-Quan.

Une colonne composée de deux compagnies de Légion et d’une compagnie et demie d’infanterie de marine, sous les ordres du colonel Duchesne, avait reçu pour mission de dégager Tuyen-Quan trop serré par les Pavillons-Noirs, et d’en relever la petite garnison. C’était fait. Les Chinois, culbutés à Yuoc, avaient aussitôt disparu, le vide s’était fait subit autour du poste, jusqu’en des profondeurs de campagne où depuis longtemps nos reconnaissances n’osaient plus s’aventurer. Devant cette accalmie, la colonne Duchesne n’avait plus qu’à rétrograder, emmenant l’ancienne garnison de Tuyen-Quan ; elle partait le 23 novembre. A