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malingres que reçoivent les régimens étrangers, importante à ce point qu’on hésite à prononcer les réformes nécessaires, par crainte d’engager trop de responsabilités, et qu’on laisse ainsi à l’Etat, comme c’est l’usage, la charge de toutes ces négligences. A leur arrivée au corps, beaucoup d’engagés prétendent couramment qu’ils n’ont subi aucune visite de médecin, ou qu’ils l’ont subie sans se déshabiller. Mais l’incurie ne s’arrête pas là. L’homme examiné, accepté par le recrutement, n’est pour ainsi dire jamais conduit à la sous-intendance, où il doit contracter son engagement ; il s’y rend à sa fantaisie, et cette latitude, en permettant aux substitutions de se produire, explique seule que des hommes réformés déjà deux fois à la Légion aient pu y revenir porteurs d’un acte régulier.

A cet état de choses, les remèdes sont élémentaires : ce n’est que question d’ordre, de soin et de limitation des responsabilités. Il importe de décider que les engagemens pour la Légion ne seront reçus qu’en certaines grandes villes, comme Paris, Lille, Mézières, Nancy, Épinal, Besançon, Lyon, Marseille, Nice, et d’armer chacun des bureaux de recrutement de ces villes d’états signalétiques spéciaux, dans la forme des états de mensuration dressés à la préfecture de police, concernant tous les hommes ayant déjà servi à la Légion et qu’il est prudent d’en écarter par la suite, soit pour raison de santé, soit pour raison de conduite. L’on exigerait naturellement que le trajet du bureau de recrutement à la sous-intendance se fît militairement sous la conduite d’un gradé. Enfin l’on stipulerait qu’au moment de l’embarquement à Marseille ou à Port-Vendres une nouvelle visite médicale procéderait à une dernière vérification de l’aptitude physique, avant d’engager l’Etat dans la dépense d’un voyage outre-mer.

Nous ne saurions cacher que notre but, en excluant le plus possible de la Légion les non-valeurs physiques, se double de l’intention d’y atteindre en même temps les non-valeurs morales. Chacun sait que les deux sujets se touchent étroitement. L’amour-propre excessif du légionnaire le fait tout bon ou tout mauvais : celui qui n’a pas la conscience de sa valeur physique et morale n’accepte pas l’effacement du déshérité ; sous les influences perverses qui s’agitent autour de lui, il descend vite l’échelle des déchéances, et croit se relever dans l’opinion générale, en s’abaissant très bas, puisqu’il n’a pas l’étoffe de paraître très haut. Plus la masse des légionnaires est excellente, disciplinée, extraordinaire de vigueur et d’entrain, admirable d’élan, moins on a le droit de la contaminer au contact d’une lie de grands chemins, sans courage et sans honneur. Du bon grain qui a su donner de telles moissons de gloire, il faut résolument séparer l’ivraie. C’est y