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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/688

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petit grain qui se manipule, se transforme ou bien se conserve si aisément paraissaient-elles sans aucun danger il y a quelques années ? Et cependant quelle erreur ! on connaît la difficulté. Nous y avons déjà fait allusion plus haut [1].

Si la Chine, grâce à des efforts bien intentionnés plus que réfléchis de l’Europe, si la Chine arrive à développer ses ressources, elle sera dans une situation plus favorable que le Japon pour nous faire concurrence, parce que ses populations sont beaucoup plus nombreuses et, assure-t-on, fournissent des ouvriers supérieurs et plus sobres encore s’il est possible.

Le Japon aussi a ses charges ; élevant ses impôts, il élèvera ses salaires ; il les élève déjà ; ce qui est vrai pour l’Angleterre et pour l’Europe, l’est tout autant et davantage en Extrême-Orient. On ne vit pas impunément au-dessus de ses moyens, comme c’est la tendance universelle de notre temps, et c’est une ambition très belle, mais dangereuse, pour un peuple jeune que de vouloir posséder tout à la fois une puissante flotte et des armées. Cela coûte cher, et surtout cela mène plus loin qu’on ne pense peut-être ; on emprunte, inévitablement ; on multiplie les monumens, les fonctionnaires, etc., comme nous avons fait peu à peu. Et si la Chine produit à meilleur compte encore que le Japon, c’est le Japon à son tour qui ne pourra plus faire face à ses obligations ; ses industriels seront obligés d’aller, ils vont déjà exploiter en Chine les salaires plus bas que chez eux ; ils se feront comme nous, comme les Américains, concurrence à eux-mêmes, et ainsi, pour l’Europe le remède sortira peut-être de l’excès du mal. Mais ce remède, le krach du Japon, le krach de nos rivaux, est hypothétique, tandis que le péril est certain.

Nos capitaux, les capitaux européens se tournent du côté de la Chine ; ils ont pris cette direction. Nous avons parlé des missions qui s’organisent partout, depuis la dernière guerre et le traité sino-japonais. Le Comité des Forges de France fusionné avec le Comité des Houillères a consacré 500 000 francs, dit-on, pour aller faire étudier les moyens de créer en Chine des industries, aujourd’hui que les étrangers sont admis à y établir des

  1. Les riz provenant de nos colonies sont naturellement exempts de droits à leur entrée en France, tandis que les riz étrangers paient 3 francs les 100 kilos. Il est tout simple que nous favorisions nos colonies. Elles en profitent. A la faveur de ce régime, l’importation des riz indo-chinois, qui n’était que de 2 630 tonnes en 1889, a dépassé 73 000 tonnes en 1893. En quatre ans elle est devenue environ trente fois plus considérable. Et que résulte-t-il de ce développement ? C’est que nos paysans ne vendent plus leurs pommes de terre, parce que ces riz sont transformés en glucose et en amidon, de même que la pomme de terre ; mais comme ils sont à bas prix, peu encombrans et ne se gâtent pas dans les magasins, ils sont assurés de la préférence, et notre dernière récolte de pommes de terre est encore en tas dans les champs et dans les granges, où elle germe et s’avarie.