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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/686

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sont tombées à 2 000 en quatre ans. Celles des Japonais se sont élevées d’environ néant à 268 000. Pour les allumettes c’est le même bouleversement. En 1891, les Anglais en importaient pour 121 000 dollars ; en 1895 ils n’en importent plus que pour 2 000. Les Japonais, en revanche, en importaient pour 31 000 dollars en 1891 ; ils en importent aujourd’hui pour 451 000.

La progression est non moins sensible pour les importations de cotonnades qui passent de 21 000 380 000 dollars ; elle est sensible aussi pour les soieries, qui s’élèvent de 1 300 dollars à 46 000, la bonneterie, de 1 400 dollars à 19 1000 ; l’ébénisterie, l’horlogerie, la verrerie, la chapellerie, etc.

Même observation pour d’autres marchés d’Extrême-Orient.

Le consul général d’Angleterre à Bangkok, dans un rapport tout récent, constate que « le Japon a récemment conquis le marché du Siam pour différens articles de bas prix : allumettes, parapluies, bière, » et il ajoute : « on craint que progressivement d’autres articles ne viennent à échapper au commerce de l’Europe. »

Ce qui est évident pour l’Angleterre, parce que la démonstration s’appuie sur des chiffres considérables, ne l’est pas moins pour d’autres pays : Russie, France, Allemagne, Espagne, États-Unis, Australie même. Le Japon, puis la Chine, se servent du concours des uns et des autres, il est vrai, mais pour arriver plus sûrement à se passer de tout le monde.

M. Renan entendait un jour vanter devant lui les beautés et les séduisantes promesses des diverses grandes lignes de chemins de fer qui, soit au sud, soit au nord, doivent relier l’Europe à l’Asie ; il écoutait sans interrompre, la tête penchée et en souriant, comme d’habitude ; mais quand le brillant tableau fut terminé, il dit seulement : « Oui, ce sera très beau… si ce n’est pas le grand chemin de l’invasion. » Il revint ensuite sur cette crainte et se mit à parler de Tamerlan.

Je ne crois pas, je le répète, que nous ayons à redouter ce péril parce que les populations de race européenne ont en elles quelque chose qui vaut beaucoup mieux que le nombre pour résister à une invasion, et ce quelque chose c’est une belle et noble intelligence, supérieure de mille coudées à l’habileté technique la plus développée ; elles ont en outre un grand courage, l’habitude et le goût des armes : elles ont tant lutté, tant lutté pour défendre soit leur sol, soit leurs libertés, soit leur religion ; tant lutté et si vaillamment, que l’héroïsme en elles est atavique et ne disparaîtra, s’il peut disparaître, qu’après des siècles ; non, l’invasion des hommes jaunes n’est pas à craindre, et ce n’est pas