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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/683

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même un allié naturel, l’Australie, qui vit sur la toison de ses moutons et qui, naturellement, cherche à trouver le plus près possible un marché régulier pour y vendre ses laines. L’Australie disposait des Etats-Unis, qu’elle a mis à même de fabriquer ainsi les tapis européens que nous avons vu vendre à Londres ; elle est en train de découvrir le Japon, et d’apporter à l’activité déjà suffisante de ce jeune peuple un stimulant de plus, l’ambition d’enlever à l’Europe le commerce des tapis, des étoiles de drap et des lainages. « Une mission australienne semi-officielle s’est rendue récemment à Tokio afin de s’entendre avec les autorités sur les moyens de développer les transactions entre les deux pays… » L’Australie espère, concurremment avec la Chine, importer au Japon les laines brutes que les Japonais fileront, tisseront, et vendront chez eux d’abord, ailleurs ensuite, à la place des nôtres.

Ces rapprochemens entre les nouveaux mondes et l’Extrême-Orient, entre les Etats-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Chine et le Japon auront des conséquences que nous n’avons pas encore mesurées, mais dont la plus certaine sera de laisser les producteurs européens à l’écart, isolés, tandis que les échanges se multiplieront directement entre de gigantesques producteurs et des industriels qui, récemment encore, n’existaient pas ou ne comptaient à nos yeux que comme consommateurs.

Voici dans quelle proportion le Japon a acheté des laines d’Australie de 1891 à 1894.


En 1891 158 000 yens (le yen vaut au pair 5 fr. 16).
En 1892 169 000 —
En 1893 247 000 —
En 1894 380 600 —

« Aussi, écrit notre consul, l’opinion publique japonaise réclame-t-elle aujourd’hui comme une nécessité d’ordre général la création de lignes subventionnées desservant les grands ports d’Amérique et surtout d’Australie. »

Pour les cotons et pour la houille l’effort est fait ; il commence seulement pour la laine. Préparons-nous à la résistance et comprenons bien surtout qu’à présent ces questions intéressent toute l’Europe et non l’industrie seulement. Même les gens de lettres et les artistes souffriront d’une crise qui paraît ne menacer que la terre ou que l’usine ; car si la laine baisse comme le blé, l’argent manquera pour les faire vivre ; les directeurs de théâtres, les entrepreneurs d’expositions ne voudront plus courir le risque de faire connaître leurs chefs-d’œuvre à un public trop réfractaire, trop appauvri. Le temps est venu où chacun de nous doit