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l’on peut dire qu’ils ont transformé leur territoire en véritables jardins bien entretenus, et d’un aussi riant aspect que les plaines de la Beauce et les environs de Paris. »

Au point de vue industriel, entrons dans la galerie des Machines. Une puissante dynamo, de la compagnie japonaise Shibaura, distribue la force et donne le mouvement. Partout des métiers européens sont en action, depuis les modèles classiques et consacrés jusqu’aux plus nouveaux, tricoteuses, fileuses, cardeuses, machines à imprimer les tissus, à compter les fils, etc. Dans un coin figurent modestement des métiers de notre connaissance, le métier Jacquard fabriqué au Japon, très bien exécuté et « d’un bon marché dérisoire ». Rien ne manque ; la bicyclette elle-même est largement représentée ; la bicyclette fabriquée aussi au Japon, lourdement encore, mais au prix de 85 piastres, en argent, environ 200 francs, grâce au change, tandis qu’une machine importée d’Amérique ou d’Europe coûte beaucoup plus ; et ce prix de 200 francs diminuera avec le poids, car les Japonais, plus avancés que nous, ont déjà tiré grand parti du nouveau moyen de locomotion et l’ont adopté dans les services publics de la poste, de la police, comme dans l’armée.

Bien entendu on continue à importer beaucoup d’articles européens ou américains, mais ainsi qu’on l’a vu plus haut, des articles qu’on ne consomme pas, des articles qui servent soit de modèles, soit de producteurs, et qui permettent au Japon d’arriver plus rapidement à faire une concurrence victorieuse à l’Europe et à l’Amérique. Ainsi l’importation des locomotives a quintuplé dans ces dernières années, comme l’importation des rails, des dynamos ; celle des métiers pour filature vient d’atteindre le chiffre le plus élevé qu’on ait eu à constater jusqu’à présent : 2 858 351 yens, soit environ 15 millions de francs. C’est l’Angleterre qui les importe en majorité par l’intermédiaire de la maison Hicks Hargreave et Cie, l’Angleterre toujours imprévoyante du lendemain et trop avide, l’Angleterre qui fait concurrence à l’Angleterre, car il est clair que l’importation des métiers anglais tuera l’importation des cotons anglais au Japon, des cotons anglais et du reste… Continuons.

Les Japonais mettent tout en œuvre pour encourager ces imprudences ; ils constituent par milliers les sociétés financières ayant en vue le développement de la production indigène au moyen des machines et des procédés européens ; oui, par milliers ; on comptait 4 523 sociétés en 1893. La baisse de l’argent et l’avilissement du taux de l’intérêt en Europe ont favorisé à tel point le placement des capitaux en extrême Orient, que le 15 février 1893, il s’était fondé au Japon un millier de sociétés nouvelles