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23, ou même 20 francs. La perte serait donc de 5 à 8 francs par quintal.

Et ce calcul est fait pour la France. En Angleterre la perte est bien plus sérieuse ; il faut y ajouter 7 francs, le montant du droit protecteur qui n’existe pas. Aussi y cultive-t-on le blé de moins en moins. On n’en cultiverait plus du tout si la terre n’appartenait à de grands propriétaires qui peuvent (pas toujours) établir des moyennes et si, dans un pays d’aristocratique élevage, la belle paille n’était pas un produit de première nécessité.

C’est bien pourquoi la situation de l’agriculture anglaise a été présentée non comme mauvaise, mais comme désastreuse dans le dernier discours du trône (11 février), d’accord sur ce point avec les précédens messages, aux termes près qui n’avaient jamais été si alarmans. Les deux partis n’ont qu’une même opinion sur la gravité du mal ; il n’y a que leurs conclusions qui diffèrent. Tandis que lord Rosebery ne voit pas de remède et reste avec le parti libéral inébranlablement fidèle au libre-échange et au mono-métallisme, le parti conservateur, par la bouche de MM. Balfour, Chaplin, Lowther, etc., manifeste des incertitudes qui nous intéressent. Lord Salisbury lui-même, tout cela s’enchaîne très nettement d’année en année, a rompu le premier le charme et lancé il y a quelque temps déjà un avertissement significatif. Il n’a pas dit, comme on le lui a reproché et comme il s’en défendait encore ces jours-ci, qu’il devenait protectionniste, mais il a laissé entendre que l’Angleterre n’était pas armée contre les tarifs étrangers tels que le bill Mac-Kinley ou notre tarif général, et que pour se défendre, pour avoir des moyens de négociation, elle devrait peut-être recourir non pas à des tarifs protectionnistes, mais à certains droits de réciprocité, droits sur nos vins par exemple, et qui porteraient une atteinte de plus à notre agriculture.

Ces avertissemens, si on se donne la peine de bien regarder, ne sont-ils pas, quoi qu’on en dise, déjà soulignés par des indices très clairs ? On en jugera. L’agriculture anglaise, si elle ne peut produire à bon compte les céréales, trouve, comme la notre, des compensations dans l’élevage du bétail ; elle a toutefois à lutter contre l’importation des pays voisins, la Hollande, notamment, la Suède, le Danemark ; et n’est-ce pas un moyen indirect et détourné, ressemblant fort à la protection, que celui qu’elle a employé dans ces dernières années en interdisant ces importations pour des raisons d’hygiène et par crainte de la contagion de la péripneumonie ! Les craintes étaient fondées, nous n’en doutons pas, mais l’interdiction n’en a pas moins servi les intérêts des éleveurs, de même que les mesures destinées à arrêter l’immigration des indigens étrangers sont des mesures protectrices de