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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/66

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chevaux-vapeur, force équivalente à celle de 100 000 chevaux en chair et en os.

On peut apprécier la puissance de pareilles mécaniques par le détail suivant : appliquée idéalement à des engins appropriés, une force de 21 000 chevaux permettrait de soulever le poids de métal représenté par la tour Eiffel — 7 millions et demi de kilos — jusqu’à la hauteur de 300 mètres, et cela dans moins d’une heure en faisant la part des frottemens de l’appareil.

Ces machines doivent satisfaire à des conditions en apparence inconciliables : il les faut aussi légères et peu encombrantes que possible, pour laisser plus de place au tonnage utile du navire ; un excès de solidité leur est indispensable, relativement aux dimensions de celles adoptées à terre, pour résister aux vibrations des moteurs et éviter les interruptions de service en cours de route. Le combustible, qui coûte cher et tient la place du fret, doit être économisé. Or les machines qui possèdent les premières qualités sont dénuées des secondes et réciproquement ; l’on se contente donc de solutions mixtes.

Une invention duc en 1871 à Benjamin Normand, le grand constructeur du Havre, a eu pour effet de réduire sensiblement la dépense de charbon en utilisant mieux la vapeur : je veux parler des machines « à triple expansion ». Accueillies d’abord au-delà de la Manche avec plus de faveur que chez nous, elles sont aujourd’hui adoptées par toutes les marines. On sait que, suivant un principe uniforme, la vapeur au sortir, soit de la chaudière où elle est produite, soit des récipiens où elle est emmagasinée, se rend dans un cylindre pour y communiquer un mouvement de va-et-vient au piston, qui actionne à son tour les rouages. Avec l’ancien système la vapeur, une fois son effort opéré, gagnait la cheminée pour aller se perdre dans l’air. Avec la machine « à triple expansion » cette vapeur, en quittant le premier cylindre, est envoyée dans un second, où elle pousse et repousse un second piston ; à son issue du second cylindre elle est recueillie dans un troisième, où elle remplit le même office. C’est le procédé du vigneron qui tire de son raisin, d’abord un vin généreux, puis, après trempages, un jus moins alcoolique et enfin une piquette de famille.

On obtient ainsi plusieurs moutures du même sac ; et comme cette piquette de vapeur, qui a dû travailler trois fois au lieu d’une, va s’affaiblissant, c’est-à-dire se refroidissant, à chacun de ses passages successifs, on a soin de faire les trois cylindres de plus en plus vastes, — le premier de 4 mètre, le troisième de 2m, 50 de diamètre, — afin d’égaliser leur puissance ; les plus gros