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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/64

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seront plus courts encore, pour les longues traversées surtout, où le bâtiment fatigue davantage, sans aucune facilité de refuge. La corrosion de l’acier par l’eau salée est plus grande que celle du fer, sa trépidation est plus forte, il se déboulonne. Mais ces défauts ne balancent pas les dons qu’il possède ; tellement se démode vite le matériel, à mesure que les exigences de la navigation changent.

On allongerait encore les navires, n’était qu’avec la grande vitesse augmente la préoccupation de la stabilité. Cette dernière exige d’autant plus d’enfoncement que le steamer est plus long et plus rapide, et, les bateaux grandissant plus promptement que les ports, les premiers, sous peine de ne pas avoir où loger leur quille, doivent se contenter de ce que les seconds peuvent leur offrir comme tirant d’eau. On a beau creuser, ils demeurent mal à l’aise, contraints à des précautions infinies pour entrer et sortir de leur abri sans rien casser, et sans se casser eux-mêmes, raclant le fond, gênés aux entournures ; ils rappellent ce conte des Mille et une Nuits, où certain poisson-fée grossissait à vue d’œil, faisant éclater tous les vases où successivement on prétendait l’enfermer et finissant par forcer le pêcheur, qui l’avait pris, à le rejeter en mer. Pour assurer cette stabilité indispensable du paquebot, pour le « mettre sur nez » à l’issue d’une rade peu profonde, le maintenir dans ses lignes, ou le lester en cours de route quand le charbon est brûlé, on se sert du water ballast. Sous les cales à combustibles et à marchandises est ménagé un double fond, divisé en huit compartimens, que l’on peut remplir ou vider isolément d’eau de mer et dont la capacité totale est de 800 à 1 000 tonneaux. Souvent cette eau de mer remplace la provision d’eau douce, au fur et à mesure que celle-ci est consommée par la machine. Elle sert aussi à économiser des manœuvres onéreuses de lest et à remédier aux défauts d’arrimage, s’il en existe.

Montons à bord de la Touraine, — immédiatement au-dessus des water-ballast est la cale ; au-dessus de la cale le troisième entrepont. Chaudières et machines y sont installées et absorbent un espace de 45 mètres de long sur 12 de hauteur. A côté d’elles se trouvent le charbon et, vers l’avant, les marchandises composant le fret, les bagages des passagers, la cave aux vins, les approvisionnemens de bouche et de matériel. A l’arrière sont des magasins réservés au service des postes. En remontant, nous accédons au deuxième entrepont où sont casernes les passagers de troisième classe et l’ensemble de l’équipage, puis plus haut, — car, dans les hôtels flottans, c’est le contraire des maisons de terre ferme ; les étages inférieurs sont les moins estimés, — le premier entrepont comprend les vastes appartemens de la