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les forces sociales auxquels, présentement, appartient une existence réelle et positive. » C’est, on le voit, — ou rien ne l’est, — la théorie de la représentation organique, — et tout à l’heure sur la conception organique de la société, de la nation et de l’Etat, en général, on a déjà nommé Herbert Spencer, — mais on peut encore invoquer son autorité (une de celles qui par exception, et de confiance, ont du crédit auprès des assemblées) quant à ce point particulier de la représentation réelle du pays. Lord Grey, Lorimer et Spencer : trois Anglais authentiques, pour n’en citer que trois ; mais enfin récusera-t-on les Anglais après les Allemands ? Seront-ils suspects, à leur tour, en souvenir des lointaines origines germaniques, d’un mélange de sang saxon, et des brumes éternelles qui enveloppent les fiords danois ou norvégiens d’où s’élancèrent les pirates-rois ?

Plus sérieusement, objectera-t-on que cette idée germanique ou anglo-saxonne ne correspond pas à l’idée française de la société, non plus que l’ « organisation » sociale elle-même, la structure même de la société, sa charpente osseuse et son âme ne sont, en Allemagne ou en Angleterre, ce qu’elles sont chez les peuples latins ? — Mais si M. James Lorimer est suspect comme Anglo-Saxon, son commentateur est un Latin de pure race, un Espagnol, M. de Azcârate qui, en même temps, analyse et critique Held, Gneist, Waitz, Kosegarten, et d’autres Allemands, et d’autres Anglais. Or, reprenant pour son compte la thèse de la « représentation organique », Azcarate arrive à cette conclusion ferme : « Si, antérieurement, les électeurs étaient les corporations et sont aujourd’hui les individus, c’est un effet du caractère que revêt tout le mouvement politique moderne ; en partie juste, parce que, les individus étant le premier élément composant de la société, ils doivent avoir leur nécessaire représentation ; en partie défectueux aussi, parce que, du fait que la plupart des anciennes corporations sont mortes, il ne s’ensuit pas que l’on doive méconnaître le droit de celles qui subsistent, comme de celles qui se sont formées et se forment. On peut dire même que c’est le devoir de la Révolution dans sa seconde période, de favoriser l’esprit corporatif, pour faire cesser l’atomisme, aujourd’hui encore dominant. »

Et sa conclusion, avec notre besoin latin de lumière, ce Latin, avant de finir, en accentue le relief et en serre le contour : « Si, ajoute-t-il, c’est une erreur de ne voir dans la société rien de plus que les individus, c’en serait une autre de soutenir qu’elle se compose uniquement de corporations ; et c’est pourquoi