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peut-être plus net que Gneist, et Wailz est peut-être moins décidé, plus hésitant que Kosegarten. Mais voici ce que dit Held : « La fin du régime constitutionnel est de diriger vers l’Etat les meilleures forces politiques qui se trouvent dans le peuple… Des quatre bases habituelles de l’élection : 1° les Etats (Stände, les classes, corporations ou métiers), 2° les intérêts, 3° le chiffre de la population, et i° la vie communale, toutes sont vacillantes et mobiles : il faut donc les prendre toutes à la fois et les concilier dans un système supérieur. »

Et voici ce que dit Gneist : « Quand, faute de participation à la gestion des affaires publiques, le vide se produit entre l’individu et l’Etat, on ne le remplit pas avec des spéculations abstraites ni des doctrines philosophiques. Des groupes plus ou moins nombreux de citoyens, que réunit la seule communauté du droit électoral, ne forment pas un corps politique et ne peuvent pas engendrer une action politique. Voter, lire, parler, écouter, et c’est tout : fausse manière de concevoir le gouvernement représentatif ; entre l’individu et l’État il est urgent que le vide soit rempli par des institutions intermédiaires. »

Waitz, tout en recommandant « de préférer le simple à l’artificiel et de prendre les choses comme elles sont », tout en observant que l’élection par ordres ou états est impossible, puisqu’il n’existe plus ni ordres ni états, et que l’élection par catégories professionnelles n’irait pas, en pratique, sans des difficultés assez sérieuses, conclut quand même, au risque de sembler se contredire : « Ce qui importe le plus, c’est de chercher les forces vives de la société et de leur assurer l’influence qu’elles méritent. » Pour les Chambres hautes, au moins, « là où n’existe point d’aristocratie historique, la représentation doit être formée de la grande propriété, de la grande industrie, de l’Eglise, des universités, des corporations qui subsistent, et des grandes villes. »

Kosegarten enfin, franchement réactionnaire, se soucie moins de « prendre les choses comme elles sont » que de les remettre comme elles ont été, et comme, à son gré, elles auraient dû continuer d’être : il déplore le peu de respect où l’on tient de nos jours les idées de « tradition » et de « collectivité », vante leur valeur politique et ne cache pas qu’il reste partisan de l’antique représentation par états ou par ordres.

Des états ou des ordres, les théoriciens qui suivent et, à leur tête, l’un des plus écoutés, Bluntschli, ne veulent pas ou ne veulent plus, parce que c’est l’État moderne qu’ils construisent, lequel, jaloux d’égalité, exclut les ordres ou états comme les castes.