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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/589

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Mme de M… et alors je n’aurais plus à passer les Pyrénées. J’espère toutefois qu’il y a beaucoup d’exagération dans les deux nouvelles. Mme de M… qui est très poltronne avec ses filles, ne l’est pas lorsqu’elle est seule, et si elle se déterminait à rester à Madrid, ce serait une raison de plus pour moi d’aller lui tenir compagnie, car probablement il y a une espèce d’émigration. Je me crois à l’abri du choléra pour l’avoir vu très souvent, et notamment à sa première apparition où j’étais officiellement une des autorités chargées de le réprimer. Vous savez comme j’ai rempli ma tâche. Il m’a semblé que ce n’était pas la mort probable qui m’est destinée, et de plus qu’elle est assez douce. Enfin je suis seul au monde, et ma peau ne vaut pas grand’chose. Mais je ne partirai pas sans prendre vos commissions. J’ai été frappé de la ressemblance du Cotentin avec l’Angleterre. Le pays et les hommes sont les mêmes. A Cherbourg, j’ai trouvé beaucoup de très belles personnes, blanches, roses et sans expression. Je pense aussi que les jupons ne sont pas si amples ni si longs qu’à Paris ou à Londres. Adieu, madame, veuillez agréer tous mes respectueux hommages.


1859

Madame,

Voilà le Tajo. Excusez les fautes de l’auteur, qui n’a plus d’yeux et qui a travaillé en fin cette fois afin de profiter de l’occasion de la poste.

Je ne suis plus si content du second volume. Il y a énormément de rabâchage, et la vieille dame devient bien aigre. Il faudrait des notes et il n’y en a que lorsqu’on n’en a pas besoin. L’auteur, que je présume être le fils de mon ancien confrère le marquis de Saint-A… se trouvait à un bal avec moi il y a bien longtemps. Nous regardions danser tous les deux la fille de la duchesse de G… qui, moins belle que sa mère, était cependant charmante, et qui dansait une contredanse aussi bien que Mlle Taglioni. (Ce n’est pas peu dire, car j’ai vu danser Mlle Taglioni à un bal chez elle, et je vous assure qu’elle était, admirable, et qu’on ne sentait pas le moindrement du monde l’actrice dans sa façon de faire.) Il paraît que ma figure exprimait l’admiration. M. de Saint-A… me dit : « Est-ce que vous faites de la différence entre une femme qui est jolie et une autre ? — Assurément. — Moi, je n’ai jamais pu y trouver de différence. » Il disait cela d’un air si candide, qu’on voyait bien qu’il ne disait que la vérité. Son père était un homme d’esprit au contraire, très aimable et d’une politesse bienveillante qui me charmait. Ces deux qualités gagnent beaucoup à être réunies. Les notes du fils sont aussi