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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/575

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éclaire ses paysages. On nous a donné en revenant de Saint-Gobain à la nuit, le spectacle de trois lieues de bois et de collines éclairées par des flammes du Bengale de toutes les couleurs. C’est un des plus beaux spectacles que j’aie vus, et si j’avais de la mémoire ou le talent de Martin, je vous enverrais un croquis de cette illumination.

Vous me demandez des nouvelles, madame, comme si j’en savais. On parle beaucoup de ce que le grand-duc Constantin est venu faire, et il n’y a sorte de dessein qu’on ne lui prête. On m’écrit de Londres les inquiétudes qu’on a du nouveau Reform Bill ; la jalousie de nos relations trop tendres avec le frère de ce même grand-duc, puis beaucoup de scandal. Le second fils de lord W… a été poursuivi, d’autres disent arrêté, par des policemen, au moment où il entrait dans une maison par la fenêtre. Comme il n’y avait pas moyen de le prendre pour un houecbreaker, cela a fait du tort à la fille de M. J… G.., une Mrs. D… On dit encore que le marquis d’A… uns rwi off with somebody’s wife, etc. Il me semble que l’aristocratie anglaise commence à se négliger comme faisait la nôtre vers 1780. Nous sommes dans un temps où il ne faut pas faire de fautes sous peine de les payer. Pourtant je crois que les exclusions de Londres ont encore une longue carrière.

Si je ne vous ai pas parlé de Gênes, c’est, madame, que cette ville m’était trop connue. Je ne l’aime pas beaucoup. Les rues y sont trop étroites, et je n’entends pas un mot à leur vilain dialecte. J’ai cependant une passion à Gênes, c’est une marquise de Brignole peinte par Van Dyck et qui est ravissante, bien qu’elle n’ait pas de crinoline. Quand on a le courage de monter bien haut, on voit à Gênes une mer magnifique, mais il vaut bien mieux la côtoyer jusqu’à Nice en s’arrêtant comme j’ai fait, partout où l’on se trouve las. C’est une suite de paysages ravissans, et les petites villes qu’on rencontre sur le chemin ont toutes l’air d’avoir été bâties uniquement pour le plaisir des yeux. A vrai dire, en Italie, il semble que ce soit partout le grand but et les paysans qui font semblant de travailler à la terre ne sont peut-être que des figurans chargés d’animer le paysage. Avez-vous quelquefois cherché à retrouver l’Italie antique sous l’Italie moderne ? , à vous représenter un consul romain à Rome, ou même un Côme de Médicis à Florence ? Jamais je n’ai pu y parvenir. J’ai vu dans les rues de Florence des gens tellement ressemblant à ce Père de la Patrie, que je jurerais qu’ils sont bien réellement ses fils. Dans le Transtevere, on rencontre à chaque pas des têtes dont on a vu la copie en marbre au Vatican, mais je n’ai jamais pu saisir la transition entre le caractère des Italiens d’autrefois et celui