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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/550

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ce plaisant fait d’histoire un argument, un motif pour la barbe phénoménale du Moïse à San Pietro in Vincoli ?…

On eut bientôt des sujets plus sérieux à commenter. L’hiver avait forcément ralenti les opérations militaires ; mais à l’approche de la belle saison les « barbares » reprirent vigoureusement l’offensive, et le nouveau commandant des troupes françaises n’eut ni les hésitations, ni les scrupules du pauvre Chaumont. Ce nouveau commandant avait même une injure personnelle à venger, car il n’était nuire que le maréchal Jean-Jacques Trivulce, le père de la comtesse Francesca de Mirandole. Il prépara sa revanche avec un art consommé, noua des relations avec le parti des mécontens à Bologne, et un beau jour (21 mai 1511) le brave peuple de l’antique Felsina se révolta, chassa le légat du pape, le cardinal de Pavie Alidosi, rappela ses anciens maîtres, les Bentivoli, et mit en pièces la grande statue de Jules II devant San Petronio, l’œuvre de Michel-Ange. Le duc d’Urbino, appelé au secours par le légat, arriva juste à temps pour trouver la ville déjà occupée par Trivulzio, qui lui infligea une défaite écrasante. La comtesse Francesca rentra dans son castel de Mirandole ; le duc Alphonse d’Esté reprit Modène et les autres places dans le Ferrarais : l’armée du Rovere se débanda dans le plus grand désordre.

C’est à Ravenne, où il était allé chercher et organiser de nouvelles ressources pour la guerre, que le pape apprit la catastrophe de Bologne ; et bientôt parurent devant lui le légat et le général pour se rejeter mutuellement la responsabilité du désastre. Au sortir d’une audience orageuse chez le pontife, Francesco Maria rencontra dans la rue le cardinal Alidosi et le perça de son épée en plein jour (28 mai). Le jeune homme de vingt et un ans n’était pas à son coup d’essai : quatre ans auparavant déjà, il avait assassiné à Urbino un nommé Andréa Bravo, l’amant de sa sœur (une comtesse Varano) et le favori de son père adoptif, le vieux duc Guidobaldo. Il a été dans la destinée de Francesco Maria de tuer les favoris de ses deux plus grands bienfaiteurs : Jules II portait au cardinal de Pavie une affection sans bornes, c’était peut-être la seule personne au monde qu’il eût vraiment aimée.

On raconte qu’un jour, au commencement du règne d’Alexandre VI, Alidosi a sauvé la vie au cardinal Giuliano della Rovere, en l’empêchant de toucher à un breuvage préparé pour lui par le Borgia ; il fut son compagnon d’exil en France et devint dans la suite son confident le plus intime au palais Vatican. Il partageait les goûts artistiques du maître et eut le mérite de protéger et d’honorer Michel-Ange comme le premier génie