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à 1835, tentèrent divers essais de navigation à vapeur, terminés tous par des échecs financiers. Le gouvernement britannique se décida à allouer des subventions aux armateurs qui entreprendraient le transport des dépêches. Deux ans après naissaient la Royal West India Mail, dont le titre indiquait assez l’objet, et la compagnie Cunard, qui se lança vers l’Occident.

Les ministres du roi Louis-Philippe n’étaient pas restés en arrière : un crédit de 28 millions fut ouvert en 1840 au département de la marine pour la construction de 18 paquebots — on n’en aurait pas trois aujourd’hui pour le même prix — affectés aux destinations lointaines. De gracieux bâtimens à roues et en bois, commandés par des lieutenans de vaisseau, allaient périodiquement en 11 jours à Constantinople, en 8 à Alexandrie, à la moyenne de 13 kilomètres à l’heure. Ils y conduisaient les correspondances postales, et des passagers ou des marchandises ; en petite quantité d’ailleurs. Si petite qu’on a conservé mémoire d’une dépêche, adressée au ministère par le commandant d’un de ces vapeurs, lors de son arrivée en Egypte : « Nous avons fait, annonçait-il, une traversée d’autant plus agréable que nous n’avions à bord ni un passager, ni un colis. » Cette exploitation en régie, bien qu’elle ne constituât aucune réserve pour amortissement ni assurances, laissa, vers 1850, le Trésor en perte de 37 millions.

Le budget de l’Etat trouvait déjà difficilement l’équilibre en ce temps-là, et l’Assemblée nationale ne voulut plus laisser s’élargir le vide que creusait le régime en vigueur. Il sembla préférable d’imiter l’Angleterre, en chargeant de ce service public une compagnie privée à prix débattu. La pensée se formula dans une convention avec les Messageries Nationales, proposée au Parlement en 1851 par M. Dufaure. C’était une bien vieille personne que cette société amphibie des « messageries », si vivace encore de nos jours, qui reprenait, il y a quarante-cinq ans, la mer qu’elle avait quittée sous le Consulat. Elle s’était naguère appelée « Compagnie française des Indes » ; puis, incapable d’entretenir sa flotte à la suite des guerres de la Révolution — lorsque, les eaux du globe contraintes de se faire naturaliser anglaises, l’Angleterre en chassait notre pavillon — elle avait transformé ses bateaux en diligences et, sous le nom de « Messageries nationales », avait postillonné avec succès sur les grandes routes.

Au milieu du siècle une évolution industrielle, — la création des chemins de fer, — l’inquiétait cette fois dans le domaine terrien. Les voies ferrées commençaient à tisser autour d’elle ce réseau où les chevaux-vapeur ne tarderaient pas à mettre sur le