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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/45

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gouverneraient comme Vadius et Trissotin ; mais il ne faut pas prendre le premier venu parce qu’il chante leurs louanges et promet d’être toujours leur très humble serviteur. Je n’ai pas d’objection au duc de Noailles, ni même à M. de Falloux. J’aimerais mieux que le premier fît ses livres et que le second fît faire ses discours, mais j’ai de grandes objections à ce qu’ils me donnent des confrères de leur choix et de leur goût.

Je n’ai plus le Charles-Edouard, mais j’espère en avoir bientôt un à moi qui sera à vos ordres.

Je ne suis pas trop en odeur de sainteté à la Préfecture, cependant j’écrirai volontiers pour avoir des billets. Je ne crains qu’une chose, c’est qu’on ne les donne qu’aux ambassadeurs. Veuillez toujours m’envoyer le nom de vos amis écossais, et je ferai ma cour au préfet de mon mieux. J’ai supprimé trois pages que je vous avais écrites sur la décadence de Raphaël. Cela n’est bon qu’en causerie, à la condition qu’on dise ce qu’on pense et ce qu’on sent. Il se peut que le Pérugin- eût dans son atelier un élève fort dévot ; mais si l’on met la Madone de Saint-Sixte à côté de l’Assomption, vous conviendrez avec moi que la Madone de Saint-Sixte n’est pas une méchante chose. Adieu, madame, veuillez agréer l’expression de tous mes respectueux hommages.

PROSPER MERIMEE.


15 avril 1857.

Madame, Croyez qu’il faut admirer Raphaël dans toutes ses manières. Il a réussi dans tout ce qu’il a entrepris, et je ne doute pas que, s’il avait eu le temps d’étudier les Vénitiens comme il s’y mettait peu avant sa mort, il serait devenu coloriste. Je crois que pour jouir de la peinture il faut faire comme vous faites, s’abandonner à ses impressions ; cependant il arrive souvent qu’en présence d’un tableau on éprouve une impression tout à fait étrangère à ce tableau, et dont il n’est que le conducteur, de même qu’un fil de fer ne vous secoue pas, il ne sert qu’à vous transmettre la secousse électrique. Cela m’est arrivé bien souvent. Il y a à Lyon un tableau d’un peintre de second ordre dont j’ai oublié le vrai nom, mais il est connu sous le nom du Padouan, c’est le portrait de quelque coquine de Vénitienne. Pendant plusieurs années j’ai conservé le souvenir de cette figure accompagné de toutes les expressions les plus tendres et les plus nobles. En le voyant plus tard, je n’ai plus trouvé qu’une charmante coquine. Il est évident