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est vrai, Khartoum avait succombé, et Gordon avait été massacré. Après Khartoum, Kassala avait dû capituler. Assiégée dès le mois d’octobre 1883 par les troupes d’Osman-Digma, chargé de conquérir le Soudan oriental pour le compte du mahdi, la ville avait soutenu un de ces sièges qui rendent le nom d’une ville glorieux à jamais. La garnison égyptienne ne comptait que quinze cents hommes de troupes régulières. Vingt mois elle repoussa les assauts des mahdistes, comptant sur des secours venus du dehors. Mais le roi Johannès, malgré la parole engagée aux Anglais, ne donnait pas signe de vie. D’autre part, les Italiens étaient trop occupés à Massaouah pour pouvoir voler au secours de Kassala. La disette se fit sentir dans la place. Sommé de se rendre, le gouverneur répondit simplement qu’il était là pour défendre son poste, non pour le livrer. Les ânes, toutes les bêtes de somme furent mangés. Tout fut dévoré. Le 15 juin, la petite garnison, affamée, fit une sortie furieuse. Trois mille mahdistes furent tués et des troupeaux de bétail capturés. Cet héroïque effort ne put que prolonger l’agonie de la ville qui, le 30 juillet 1885, dut ouvrir ses portes à Osman-Digma. Ce dernier, au mépris des engagemens pris lors de la capitulation, fit mourir le gouverneur et les principaux chefs et, pour échapper à un pareil sort, le reste des défenseurs de Kassala dut entrer dans les rangs des mahdistes.

Mais, en dépit de la chute de Khartoum et de la reddition de Kassala, l’objectif poursuivi par les deux nations n’avait pas varié. La situation en 1890 était, au fond, la même qu’en 1885. C’était toujours le mahdi que devait viser l’Angleterre ; c’était toujours l’Ethiopie que convoitait l’Italie. Les Anglais avaient toujours besoin d’un allié pour reprendre les régions du Haut-Nil occupées par les mahdistes, et d’autre part les Italiens ne pouvaient être assurés de la tranquille possession de l’Ethiopie que, si la paix régnait au Soudan égyptien. C’est de cette solidarité d’intérêts que sont sortis les derniers traités anglo-italiens.

Les deux puissances contractantes ont cherché à délimiter leur sphère d’influence respective à la côte orientale d’Afrique et à la côte de la Mer-Rouge de manière à éviter dans l’avenir toute cause de malentendu. Le premier traité, dont le protocole a été signé le 24 mars 1891 par le marquis di Rudini et lord Dufferin, fixe le point de démarcation des territoires anglais et des territoires italiens à la côte somâl, puis détermine la frontière entre l’Ethiopie et le Soudan égyptien. Sur le littoral, la ligne de démarcation remonte le thalweg de la rivière. luba depuis son embouchure dans l’Océan-Indien, presque sous l’équateur jusqu’au 6e latitude nord. L’Angleterre abandonnait