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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/41

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sont des protections plus efficaces. Quant au ministre des cultes, nous sommes à couteaux tirés.

Je regrette Cannes. Tous les jours on m’invite à dîner, je vais au bal, et jeudi je serai obligé d’entrer dans des culottes noires. Cela me met en fureur et me donne envie d’aller reprendre ma vie de sauvage au bord de la mer.

Veuillez agréer, madame, tous mes respectueux hommages.

PROSPER MERIMEE.


Vendredi soir.

Madame,

Voici le billet. Il est nécessaire d’arriver de très bonne heure, et pour être convenablement placée, vous feriez bien d’être à 1 heure à l’Institut. Je puis vous accompagner jusqu’à la porte et vous remettre à M. Pingard, mais nous n’entrons plus que par notre porte à 2 heures précises. Veuillez commander et vous serez obéie.

Je suis tout grippé des bals et des dîners. Hier je suis allé à un bal masqué. Je regrette de ne vous y avoir pas rencontrée pour vous intriguer. J’avais un domino vénitien copié d’après Canaletti qui méritait d’être vu. Mais le plus beau c’était la princesse C… avec une chérusque dans le dos de 1m, 50. On disait qu’elle était déguisée en écran. J’ai trouvé qu’on s’amusait bien mieux autrefois en mauvaise compagnie.

Adieu, madame, veuillez m’excuser de ne vous donner qu’un billet, et agréez l’expression de tous mes respectueux hommages.

PROSPER MERIMEE.


Madame,

Je vous ai attendue depuis midi 35 jusqu’à 1 heure 5. J’avais un rendez-vous pressé à 1 heure, et j’ai été obligé de quitter la place. On me disait alors que la salle était comble. Si vous n’étiez pas encore arrivée, je crains que vous n’ayez pas pu trouver de place. Pour moi je n’en ai pu avoir parmi les immortels à 2 h. 1/2.

Je regrette d’autant plus de n’avoir pas eu l’honneur de vous voir que je voulais vous demander une note pour votre église. Vous savez ce qu’en argot bureaucratique on appelle une note, c’est une petite tartine de cinq ou six phrases, dans laquelle vous direz la population de la commune, les sacrifices qu’elle a faits, l’impossibilité où elle est d’en faire davantage, l’utilité de l’église, etc.