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d’opérations en vue d’une intervention à l’intérieur contre les bandes mahdistes. Cette ville est le port naturel de l’Ethiopie du nord, le centre de tout le trafic qui par Khartoum et Kassala provient du Soudan. C’est la tête d’étapes de la route qui mène à ces deux villes. Il y avait donc lieu d’espérer que les Italiens, maîtres de Massaouah, marcheraient sur Kassala et combattraient les troupes d’Osman-Digma, le lieutenant du Mahdi, qui bloquaient cette place, quand un adversaire auquel ils n’avaient pas pensé avoir affaire tout d’abord vint contrecarrer leurs projets.

Le roi Johannès, négus d’Ethiopie, qui avait réussi à ramener sous son autorité les diverses parties de ce pays livré à l’anarchie après la mort de Théodoros, convoitait la possession du littoral de la Mer-Rouge, qui eût ouvert à ses Etats un accès à la mer. Tant qu’il avait eu en face de lui les Égyptiens, souvent battus et qui avaient laissé quantité de munitions, d’approvisionnemens et vingt mille des leurs sur les champs de bataille de Gundet, de Gura et en d’autres rencontres partielles, il avait espéré atteindre le but désiré. En 1884, il avait été même sur le point de réussir. Des négociations avaient été entamées par lui avec l’Egypte en vue d’obtenir l’évacuation de Massaouah ou au moins la promesse que cette ville ne tomberait pas entre les mains d’une tierce puissance ; et voilà que, du haut de ses montagnes, le négus voyait sa proie lui échapper, une puissance européenne occuper Massaouah et les débouchés de ses Etats se fermer vers la mer ! Il en conçut une irritation profonde ; mais, reculant devant une guerre ; longue et coûteuse, ne se sentant pas très rassuré sur la fidélité de ses vassaux et ayant surtout à faire face aux troupes mahdistes qui pouvaient, d’un moment à l’autre, envahir ses États, il consentit à abandonner toute prétention sur Massaouah, à la condition toutefois que les Italiens ne dépasseraient pas l’enceinte de la ville.

Mais ces derniers, qui pourtant avaient accepté ces conventions, n’en tinrent nul compte. Massaouali était pour eux un cul-de-sac. Ils avaient le sentiment d’y être enfermés comme dans une impasse. Il fallait que les soldats, ne fût-ce que pour refaire leur santé, anémiée sur le littoral, allassent sur les hauts plateaux. La garnison de Massaouah fut donc augmentée ; un grand nombre de bachi-bouzouks qui avaient fait partie des troupes égyptiennes furent enrôlés ; peu à peu les troupes italiennes occupèrent toutes les localités situées dans la plaine comprise entre les escarpemens du plateau et la mer, — Arkallo, Monkullo, Otumbi Saati, Arafalli, Vua, — s’avançant toujours ainsi progressivement vers l’intérieur.