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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/369

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monde en secouant sur lui les plis du drapeau conquérant de la France ; de l’avenir, enfin, plein le cœur !

La France ne veut pas un roi, qui mettrait en péril sa chère égalité, épave de la Révolution, à laquelle le pays s’est attaché d’une prise invincible. Quant à la liberté, qu’elle sombre si elle veut : c’est une menteuse qui n’a pas tenu ses promesses !

La France est grosse, en effet : non d’un roi, mais d’un maître. Après les quatre années de l’impuissant gouvernement de ces cinq hommes, c’est une pensée ferme et lucide, c’est une volonté, une énergie, c’est une tête, un chef que le peuple réclame, — un dictateur, enfin, comme chez les Romains !

Hoche aurait pu être cet homme-là, et si la France l’a tant pleuré, c’est moins peut-être en souvenir des grandes choses qu’il avait accomplies, qu’en témoignage d’une vague et profonde espérance qui s’évanouissait avec lui.

Mais voici que, — pour remplacer Hoche, — au-dessus du bas horizon empesté par les miasmes de la pourriture directoriale, voici que se dresse, dans un nimbe doré par le soleil d’Italie et d’Egypte, une tête énigmatique, à l’impérieux profil de César. Des noms de victoires, sonores comme des fanfares, chantent autour de la radieuse apparition. Il est, cet ardent et pensif général, non pas un rejeton du vieux tronc desséché de la royauté, non pas un héritier suspect du passé, mais un fils, un vrai fils, de la Révolution. Il est la Gloire, il est la Force, il est l’Apostolat guerrier de la Révolution parmi les peuples. Alors, comme Jeanne d’Arc à la vue de l’archange saint Michel dans son armure resplendissante, la France éblouie tombe aux pieds du Héros et du Maître en disant : Le voilà !

Et c’est là, en même temps que la conclusion, la philosophie de cette étude.


GEORGE DURUY.