Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/31

Cette page n’a pas encore été corrigée


samedi prochain j’ai ma commission des monumens qui me tient jusqu’à près de deux heures. A deux heures je serais à vos ordres si cela vous arrangeait.

Je suis horriblement malade d’un rhumatisme au cou et à l’épaule droite. Mon fond (du Samuel) est tout gâté, j’ai passé ma journée à être furieux. J’ai lu un peu de saint Augustin. Il me plaît assez, mais il manque pour mon goût de clarté et de simplicité. Il a trop d’esprit et de rhétorique.

Je fais ces visites (très rares) parce qu’il serait étrange de ne pas les faire. Il en résulterait une sorte de scandale qu’il faut éviter. Je me suis servi d’un terme impropre en disant ennemie. De ma part il n’y a pas la moindre inimitié, pas même de la colère, ce qui serait cependant assez naturel. J’ai cru assez longtemps qu’on me haïssait, maintenant je ne le crois plus. On ne me fait pas même cet honneur. C’est une lampe qui a brillé quelque temps, puis qui s’est éteinte je ne sais par quel accident. Je ne me fais pas de reproches, on ne m’en a pas fait. J’imagine qu’on voudrait me savoir en Chine, mais on ne m’y a pas envoyé, on ne peut pas ne pas me voir, je ne peux pas m’en dispenser. Tout ce qui était propre à me faire enrager est réuni dans cette affaire. Il y a un très beau vers de Pouchkine que je ne vous citerai pas en russe, et qui veut dire que le bonheur (la joie) se donne à chacun tour à tour ; quand on a eu sa part, c’est fini. — En fait de choses moins tristes et presque aussi ridicules, qui peut être Madame ou Mlle Delphine de Saint-A… qui cachette sa lettre avec un manteau de pair et une couronne au-dessus, qui m’écrit pour me demander la permission de me dédier une redowa ? Je n’ai rien reçu de mieux encore ; si ce n’est la visite d’un homme habillé de noir qui il y a cinq ou six ans vint de la part d’une dame à nom très aristocratique me demander en mariage un chat noir que j’avais alors et qui ne pouvait songer à pareille chose.

Je crois qu’en matières métaphysiques nous nous entendrons assez bien pourvu que nous ne définissions pas trop. Lorsqu’on définit trop tous les termes, on en vient au reste à ne plus s’entendre sur rien, même quand on est, au fond, du même avis. Le Samuel était fini ce matin ; mais je me suis aperçu que le fond que j’avais couvert de gomme était très mauvais Je l’ai entièrement effacé pour le remplacer par un autre qui ne vaut guère mieux. Je finirai sans doute par tout recommencer. Quoi qu’il arrive, attendez-vous, madame, à quelque chose de très vilain. Il ne me manque qu’une chose pour peindre, c’est de savoir comment m’y prendre. J’ai écrit en Angleterre pour avoir