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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/26

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exprès la pire des religions. Toutes les fois que l’homme reconnaît combien il est petit et misérable, il agit sur son semblable. Le sentiment qu’on éprouve ressemble un peu au saisissement qu’on a eu en voyant un blessé. La prière me touche comme expression du malheur. Je voudrais pouvoir vous dire que je crois à son efficacité. Vous ai-je dit, madame, que j’avais embarqué le pauvre M. Ch… et ses enfans ? Ils sont arrivés je pense aujourd’hui à New-York. M. Ch… se recommandait fort à votre bon souvenir. Adieu, madame, veuillez excuser ma lettre. C’est votre faute, vous m’inspirez tant de confiance que je deviens indiscret comme le cocher du prince de Talleyrand. Si vous êtes assez bonne pour me répondre, quelque chose que vous me disiez cela me fera du bien. Veuillez agréer, madame, l’expression de mes respectueux hommages.

On m’a dit que ce papier vert conservait la vue.

PROSPER MERIMEE.


Vendredi. 9 novembre 1856.

Madame,

Je n’ai pu trouver la Vie de Charles-Edouard chez le libraire qui me fournit mes livres anglais. Je crains même qu’il ne soit difficile de l’avoir en Angleterre parce qu’il y a longtemps qu’elle a paru. Elle est de lord Stanhope, dans le temps qu’il était encore lord Mahon. Je vais continuer mes perquisitions. Je travaille depuis deux jours à une surprise que je veux vous faire : un petit Samuel d’après sir Joshua Reynolds, presque gros comme nature, à l’aquarelle. Cela vient horriblement mal ; cependant, s’il fait un peu de soleil encore, je le finirai la semaine prochaine. Vous excuserez les défauts de l’auteur.

C’est avec raison que vous ne comprenez pas l’orgueil parmi ceux qui le distinguent. Il y a des gens qui m’ont dit que chez moi c’était un défaut de n’en avoir pas. Ce qu’il y a de vrai, c’est que si j’avais de l’orgueil, il y aurait en moi plus de ressort pour résister aux mauvais instans de la vie. Dans l’affaire dont je vous ai parlé, si j’avais eu de l’orgueil, j’aurais trouvé quelque consolation de ce côté. Au contraire, je me dis qu’il n’y aurait pas de bassesse que je ne lisse volontiers pour que cela ne fût pas arrivé. Heureusement il n’est pas question de cela. Ce qui a été ne sera plus. Je suis très embarrassé, madame, pour répondre aune partie de votre lettre, celle où vous me proposez un remède. Je ne veux