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cervelet est petit comparativement aux lobes optiques et à la moelle allongée. Non seulement l’encéphale est peu concentré ; il est aussi fort exigu ; on ne saurait disséquer un poisson sans être frappé des faibles dimensions de son cerveau proportionnellement à l’ensemble du corps. Chacun du reste suit que les poissons ont peu d’intelligence.

Les reptiles primaires ont eu une grande tête, mais la portion réservée au cerveau était fort restreinte. L’état de compression dans lequel se trouvent les débris de quadrupèdes d’une antiquité reculée rend leur étude très difficile ; j’ai pu examiner un crâne d’Actinodon qui montre la place où était logé l’encéphale ; cette place est réduite. M. Cope a été assez habile pour dégager l’encéphale d’un reptile permien du Texas ; le cerveau était moins large que la région des lobes optiques et du cervelet ; il n’est pas aisé d’établir sa limite avec les lobes olfactifs ; il y avait une énorme glande pinéale ; le cervelet est simple et légèrement concave. M. Cope pense que cet encéphale se rapproche de celui des batraciens plus que de celui des reptiles proprement dits.

Une des plus curieuses choses que les paléontologistes américains nous aient révélées a été le contraste des dimensions gigantesques des dinosauriens secondaires et de la petitesse de leur cerveau : j’en ai été très impressionné aux Etats-Unis, en voyant les collections formées par MM. Marsh et Cope ; quand on regarde les colonnes vertébrales des êtres qu’ils ont tirés des Montagnes Rocheuses, on est exposé à prendre tout d’abord le cou pour la queue, car le cou et surtout la tête ont une ténuité à laquelle nous ne sommes pas habitués ; la cavité encéphalique est parfois beaucoup moindre que la cavité médullaire du sacrum. Si donc le développement de l’intelligence est lié dans une certaine mesure à celui de la substance nerveuse, on peut croire que les grands reptiles secondaires en avaient plus dans la partie postérieure du corps que dans la tête. C’étaient sans doute des bêtes stupides qui montrent que la force matérielle ne se confond pas avec la force intellectuelle.

Nous n’avons donc pas de motifs pour croire que les reptiles anciens, malgré leurs gigantesques proportions, aient été mieux doués que les reptiles actuels. Or ceux-ci ont une faible intelligence ; parfois, lorsque je les contemple dans notre ménagerie du Muséum, je me prends à m’étonner que l’Etre infiniment beau et bon ait fait des créatures si dépourvues de grâce et d’intelligence. Il y a quelque temps, après un de mes cours au Muséum, je conduisis mes auditeurs à la ménagerie des reptiles ; je désirais leur montrer le contraste que les continens secondaires, peuplés de