Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/156

Cette page n’a pas encore été corrigée


conservation, seront tous unis ensemble pour conserver ce qui leur aura été donné. »

Mazarin, non moins lucide que Richelieu sur l’intérêt qu’a la France de ne rien posséder au-delà des Alpes, passe, avec le prince Thomas de Carignan, héritier éventuel de la souveraineté du Piémont, un traité secret promettant à ce prince la couronne des Deux-Siciles, et assurant à la France la Savoie et le comté de Nice : « Tout ce qui est en deçà des monts proche la France », ainsi s’exprime ce traité.

Avec Louis XIV, l’intuition de la vraie politique française en Italie s’obscurcit. Le « grand roi » songe plus à la grandeur de sa couronne, à l’extension de son empire, qu’à la liberté de ses voisins. S’il se préoccupe des affaires de l’Italie, c’est pour y prendre pied lui-même, comme lorsqu’il conçoit l’absurde projet de donner au roi de Sardaigne le trône de Portugal, à condition d’obtenir pour la France, avec la Savoie et le comté de Nice, même le Piémont ! Une aussi fausse politique ne devait heureusement pas faire école. Chauvelin, et, après lui, d’Argenson, devaient reprendre la trace laissée par Sully, par Richelieu et par Mazarin ; ils voulaient eux aussi opposer en Italie le pouvoir agrandi de la maison de Savoie à la puissance de la maison d’Autriche ; mais toujours à la condition que les ducs de Savoie abandonnassent à la France les territoires qui forment sa frontière, sa sécurité. Et toujours les ducs de Savoie admettaient sans difficulté ce principe d’une indiscutable équité.

Vint la Révolution française ; et les négociations sur des bases identiques furent reprises ; mais à ce moment de crise suprême, Charles-Emmanuel IV, imprégné des passions réactionnaires qui animaient les monarchies européennes, ne s’y prêtait que pour tromper la France. Les négociateurs de la République française auraient dû se rappeler à son égard la belle maxime de Métastase :

Non muerta fè chi non la serba altrui.

Ce prince, qui traitait avec la France tandis qu’il se faisait à Vienne l’instigateur persévérant d’une coalition contre elle, était, en effet, un homme sans foi ni loi. Il ne négociait que pour trahir. On peut lire avec fruit sur ce point spécial d’histoire l’excellente brochure de M. Henri Marmonier : l’Italie et l’alliance autrichienne [1]. La duplicité de la cour de Turin reçut la punition qu’elle méritait. Victor-Emmanuel Ier, qui avait succédé à Charles-Emmanuel, vit ses possessions continentales devenir des

  1. E. Dentu, éditeur, Paris, 1893.