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Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/151

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comportait la clause du rétablissement des duchés, avec Florence, dont le vote a définitivement déposé le grand-duc et affirmé la réunion de l’Italie centrale au Piémont ; Nice, enfin, dont les « italianissimes » ont maudit la cession comme un démembrement italien, avec Marsala, où Garibaldi et ses héroïques Mille ont planté sur une base désormais indestructible le drapeau de l’unité italienne. Rien pourtant n’est plus vrai ni plus logique que le lien qui, comme les inséparables anneaux d’une chaîne, rattache les uns aux autres ces divers noms ; c’est seulement au regard de l’observateur superficiel que leur signification semble se heurter. Si Solferino a affranchi Milan de la servitude autrichienne, Villafranca a délivré la Lombardie de la menace d’entrée en campagne de l’Allemagne et de l’Angleterre dont les forces combinées pouvaient changer en défaites les victoires des armées alliées de la France et du Piémont [1]. Si à Villafranca fut admis le principe du rappel des souverains dépossédés, un autre principe y fut aussi posé qui réduisait celui-là à l’état de lettre morte le principe de non-intervention, par la vertu duquel la France imposait à l’Autriche, armée jusqu’aux dents, la dure loi d’une attitude de spectateur passif [2] ; d’où les révolutions successives qui devaient mettre à néant et les perspectives de reconstitution des duchés et les projets de confédération des divers Etats dont l’Italie se composait encore [3].

Et il faut noter qu’en promettant au Piémont son assistance contre toute intervention étrangère dans le mouvement national italien, la France était loin de ne lui donner qu’une garantie académique ; elle s’exposait parfaitement à l’éventualité d’une nouvelle guerre, dans laquelle l’Autriche ne serait plus seule comme lors de la récente campagne de 1859. « Un point auquel la Prusse ne peut souscrire », écrivait le 4 mars 1860 le prince régent de Prusse au prince Albert de Saxe-Cobourg, époux de la reine Victoria, « c’est la-reconnaissance du principe de non-intervention. » Et il ajoutait : « Lorsqu’un appel est fait par les souverains légitimes… n’est-il pas juste d’y répondre ? » Pour le futur empereur allemand, sous la plume duquel perçaient déjà ses ultérieurs projets de conquêtes, les populations du Schleswig-Holstein étaient les seules en Europe qui fussent en possession de

  1. On peut trouver exposée avec une pleine abondance de prouves cette attitude menaçante de l’Angleterre et de l’Allemagne dans mon livre : la Question italienne. Période de 1814 à 1860. Aperçus d’histoire politique et diplomatique ; E. Plon, Nourrit et Cie, éditeurs, Paris, 1893.
  2. Paroles prononcées par M. de Cavour en diverses circonstances, et notamment au Parlement subalpin aux séances du 26 et du 29 mai 1860.
  3. Ibid.