Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/103

Cette page n’a pas encore été corrigée


une population militaire d’origine étrangère. Les hôtes barbares, comme on les appelait, « étaient souvent, dangereux, quelquefois utiles, toujours gênans, mais ils n’étaient pas des maîtres. »

L’invasion germanique « n’apporta ni un sang nouveau, ni une nouvelle langue, ni de nouvelles conceptions religieuses, ni un droit particulier, ni des institutions qui vinssent directement delà Germanie. » Le régime politique de la Gaule mérovingienne se rapprochait beaucoup du régime impérial. La royauté n’était pas élective, mais héréditaire. Quand elle n’était pas acquise par la guerre civile, elle se transmettait comme un bien patrimonial, « en vertu de l’ordre naturel de succession. » On pouvait même la léguer « par testament ou par simple déclaration de volonté. » « Seulement deux choses étaient nécessaires : d’abord l’acte de reconnaissance et d’installation, ensuite la prestation du serment de fidélité » par tous les sujets. L’autorité monarchique n’était tempérée ni par l’aristocratie, ni par le peuple. Les grands ne formaient pas une noblesse de naissance et n’avaient aucun pouvoir propre ; ils n’étaient que de hauts fonctionnaires, et ils tiraient toute leur puissance de leurs charges. Le roi avait coutume d’en réunir quelques-uns autour de lui, quand il avait une résolution à prendre ; il vint même un moment, au VIIe siècle, où il s’habitua à convoquer, sinon chaque année, du moins à de fréquens intervalles, tous les dignitaires laïques et ecclésiastiques du royaume. Mais ces assemblées étaient faites pour éclairer le souverain, non pour lui dicter des ordres ; elles étaient un moyen de gouvernement, non un instrument de liberté. Le peuple n’y jouait qu’un rôle très effacé. Il se composait uniquement des hommes que les grands avaient amenés avec eux ; c’était une foule « inférieure et subordonnée », qui n’était qualifiée ni pour représenter la nation, ni pour défendre ses intérêts ; elle ne délibérait et ne votait sur rien. A la fin de la session, le roi paraissait devant. elle ; il lui signifiait ses décisions ; il l’invitait peut-être à les approuver par ses acclamations, et il finissait ordinairement par une harangue où il l’exhortait à l’obéissance et au respect des lois. Dans tout cela, il n’y a rien qui ressemble à un système régulier de libertés publiques.

Héritiers des empereurs, les rois francs s’efforcent de les imiter en toutes choses. Ils sont « les maîtres de la paix, et de la guerre, des impôts, des lois, de la justice ; » ils vont même jusqu’à intervenir arbitrairement dans les affaires privées. Ils font revivre le crime de lèse-majesté. Ils se parent des insignes et des titres romains ; ils adoptent les formes de la phraséologie romaine ; ils exigent qu’on leur parle sur un ton d’extrême humilité. Francs et Gallo-Romains sont également leurs sujets ; ils