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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/799

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DÉGÉNÉRESCENCE ?




LE PASSÉ ET LE PRÉSENT DE NOTRE RACE





La France est-elle la « grande dégénérée », ou subit-elle sous une forme plus aiguë et plus visible, une crise morale et sociale commune à toutes les nations modernes ? Et par quels moyens généraux peut-elle sortir à son honneur de ce péril, comme elle est sortie de tant d’autres dont son histoire est remplie ? Un tel problème mérite, de la part des psychologues et des moralistes, l’attention la plus impartiale, en même temps qu’il impose les conclusions les plus prudentes. À toutes les époques on trouve des pessimistes à côté des optimistes, et il est des périodes particulièrement douloureuses où il semble que tout soit perdu parce qu’on ignore l’avenir. « Les maux dont nous souffrons actuellement, a dit Guizot, nous semblent toujours incomparables. »

La première et la plus irrémédiable des dégénérescences, — la seule dont nous nous occuperons aujourd’hui, — serait celle qui atteindrait la race même, soit en altérant ses caractères essentiels, soit en la menaçant de disparaître. Mais d’abord quelle est la vraie nature de notre race ? Sa composition diffère-t-elle de celle des nations voisines, et en quoi ? Quelles sont ses origines, comment s’est-elle révélée dans son développement, enfin qu’est-elle aujourd’hui ? Par la comparaison du présent avec le passé, nous pourrons apprécier à leur juste valeur les symptômes de notre prétendue « fin de race ».