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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/719

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taie. On a même assuré qu’il n’avait agi que sur l’ordre formel du gouvernement, lequel aurait besoin d’un succès pour la prochaine rentrée des Chambres, et qui jouerait ainsi le tout pour le tout. Avons-nous besoin de dire que ces accusations tiennent de la fantaisie ? Le général Duchesne, une fois parvenu à Andriba, n’avait plus qu’un parti à prendre, et nous aurions préféré qu’il le prît plus tôt. Le moindre relard nouveau nous aurait exposés à ne pas atteindre le but avant la saison des pluies : dès lors l’opération tout entière était manquée, au moins pour cette année, et nous étions exposés à toutes les rigueurs de l’hivernage dans les conditions les plus déplorables. Les lenteurs même qui ont caractérisé la première phase de l’opération ont eu du moins pour résultat d’assurer au général Duchesne une base d’opération aussi solide que possible. Puisque les voitures Lefebvre ont pu arriver jusque là, grâce à la route qu’on leur a faite, espérons qu’elles servent maintenant à quelque chose, et que les transports sont devenus faciles et rapides entre Suberbieville et Andriba. La colonne de marche est partie dans les meilleures conditions : le sort de la campagne dépend désormais de sa bonne fortune. Rien n’égale l’impatience avec laquelle, au moment où nous écrivons, la France entière attend un télégramme qui lui annonce l’entrée de nos troupes à Tananarive. Certes, tout ne sera pas terminé alors. En mettant les choses au mieux, c’est-à-dire dans l’hypothèse où le gouvernement hova se soumettrait et accepterait tel quel le traité que le général Duchesne apporte avec lui, bien des questions resteraient encore en suspens. Il serait téméraire de croire que le traité de Tananarive produira instantanément les effets que le traité du Bardo a produits autrefois dans la Régence de Tunis. Nous aurons à faire peu à peu la conquête de l’île, et à y établir partout l’autorité de notre protectorat. Mais n’anticipons pas sur un avenir qui n’est pas encore ouvert. Pour le moment, toutes les pensées comme tous les vœux se concentrent sur la colonne de marche, et il y a quelque chose d’émouvant dans cette attente générale : l’émotion toutefois est mêlée de confiance. L’anxiété de ces derniers jours se dissipera vite quand nous serons entrés à Tananarive. Nous aurons atteint, pour cette année, le résultat que nous avions visé, et c’est surtout en matière de politique coloniale qu’il est vrai de dire qu’à chaque année suffit sa peine.

A l’étranger, la quinzaine qui vient de s’écouler a été marquée par un seul événement de quelque importance, à savoir la célébration à Rome de l’anniversaire du 20 septembre. Les Allemands fêtent ce qu’ils appellent leurs noces d’argent avec la victoire : il y a vingt-cinq ans, en effet, qu’ils nous ont battus dans les conditions que l’on sait. Ces souvenirs sonttrop douloureux pour que nous rendions compte des commémorations allemandes : cependant, il faut reconnaître qu’elles sont