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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/475

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aussi mal fondés à prétendre quoi que ce soit sur le Xieng-Keng, parce que son souverain règne aussi à Muong-Sing, que les Anglais le sont peu à élever des prétentions sur le Muong-Sing parce que le roi de ce pays est aussi celui de Xieng-Keng. Toute la question qui s’agite si confusément sur le haut Mékong est dans ces quelques mots. On peut la compliquer d’un certain nombre de détails, et nous y reviendrons un jour si cela est nécessaire ; mais les élémens essentiels en sont, comme on le voit, d’une extrême simplicité.

Que s’est-il passé ? A côté de la question de droit, il y a la situation de fait qui s’est produite au fur et à mesure que les événemens se déroulaient. Quelle qu’elle soit, avons-nous besoin de dire que cette situation n’a qu’une existence précaire ? Les journaux anglais et les journaux français se sont mutuellement reproché que leurs gouvernemens respectifs eussent empiété sur les territoires l’un de l’autre. Dieu nous garde d’entrer dans ces disputes ! Admettons même, si l’on veut, qu’il y ait eu des irrégularités commises de part et d’autre. Qu’importe ? Si on reconnaît, et il est impossible de la contester, l’exactitude de ce que nous venons de dire, la conséquence est qu’il faut ramener les choses au point où elles étaient avant les derniers incidens, au statu quo ante, et cela en vertu du protocole du 25 novembre 1893 par lequel les deux puissances décidaient l’envoi sur les lieux d’une commission d’enquête. Ce protocole immobilise en quelque sorte la question jusqu’à ce qu’elle soit résolue. Tout ce qui s’est produit depuis, dans le domaine des faits, est non avenu. Le protocole a l’avantage de nous donner un point de départ certain, auquel nous pouvons toujours nous référer afin de rétablir les choses en l’état. Il constate que les négociateurs pour l’Angleterre et pour la France « s’étant trouvés arrêtés au cours de leurs travaux par la difficulté de déterminer, d’après des données certaines, les limites et la configuration des diverses provinces situées dans cette région (celle du haut Mékong), ont reconnu d’un commun accord que, pour établir dans des conditions géographiques normales, et sans occasionner de morcellement, une zone d’une étendue suffisante, il conviendrait de faire procéder à une enquête surplace par des agens techniques des deux pays… L’examen géographique auquel ils devront se livrer portera, continue le document, sur le cours du Mékong depuis son entrée dans le Xieng-Keng jusqu’à son entrée dans le Luang-Prabang ; sur les limites de la province de Xieng-Keng et sur celles de la partie de Nan, au Nord du fleuve. » Il était impossible d’être plus précis, et de mieux marquer la différence qui existe entre le Xieng-Keng et la partie de Nan où est compris le Muong-Sing. L’objet de la commission d’enquête était de rechercher les limites propres de l’une et de l’autre de ces deux provinces, que le protocole avait si nettement distinguées.