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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/468

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d’imagination et de poésie. El quelle mine incomparable est pour l’artiste, par exemple, la pathologie mentale, l’étude des dégénérés, des idiots, des fous ! On a pu dire justement que la science avait rendu à l’art jusqu’à cet élément antique qui paraissait à jamais perdu : le merveilleux. »

M. d’Annunzio, on le voit, est plus indulgent pour la science que la plupart de ses confrères, et il ne lui resterait plus, après cela, qu’à nous présenter M. Lombroso comme le premier des écrivains italiens. A moins pourtant que M. Ojetti n’ait mal compris sa pensée : car je trouve précisément dans une revue italienne de ces mois derniers une étude, d’ailleurs très ingénieuse et belle, sur Giorgione et ses critiques, où l’auteur du Triomphe de la Mort apprécie en des termes tout autres le rôle de la science et ses prétentions :

« L’esprit scientifique, dit-il, a envahi les générations de la seconde moitié de notre siècle. Frappés des résultats merveilleux de la physique et du calcul, les hommes ont pu croire quelque temps qu’avec l’aide de l’une ou de l’autre il leur serait permis de pénétrer tous les mystères et de résoudre tous les problèmes. Mais voici qu’à cette exaltation orgueilleuse succède maintenant une sorte de découragement mêlé de méfiance. On se dit, et non sans raison : « Où est donc cette certitude que la science nous avait promise ? » Si jamais certitude fut incomplète, privée d’un critérium solide, c’est bien celle des sciences naturelles. Et quant aux sciences dites exactes, les unes, — comme la géométrie, — reposent sur une base chancelante d’affirmations arbitraires ; les autres, — comme l’algèbre, — ne sont rien que des modes de raisonnement, et contiennent tout juste autant de certitude que la formule d’un syllogisme. Renonçons donc une bonne fois à la certitude ! Cet amour de la vérité, ce désir effréné de la vérité absolue, est non seulement puéril, mais irrévérencieux. Laissez à la vérité ses voiles, quand ce ne serait que par décence ; respectez la pudeur avec laquelle l’adorable nature se cache sous la trame variée de ses mystères ! »


T. DE WYzEWA.