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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/465

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rencontre. Et quand on se fut rassis, le petit jeune homme blond et rose, au milieu d’un silence pieux, offrit au maître une longue canne, qui avait pour manche une corne de chamois. »

Devant cet auditoire recueilli, Carducci parla de son voyage, de ses projets de travaux, de l’histoire du Risorgimento, qu’il comptait bien terminer avant de mourir. « Il me parut plein encore de jeunesse et de santé, avec son épaisse chevelure grisonnante, et sa grande barbe, à peine tachetée de blanc, que sans cesse il tourmentait en parlant, d’un geste machinal de ses mains nerveuses et fines. »

J’ai cité déjà quelques passages des réponses faites à M. Ojetti par MM. Verga et Capuana, les deux chefs de l’école naturaliste. Tous deux sont forcés de reconnaître que le naturalisme, tel qu’Os l’ont pratiqué jadis, ne va plus, et que le temps est venu d’une littérature nouvelle. Mais on ne saurait imaginer deux manières plus différentes de faire cet aveu. M. Verga, « un bel homme d’une cinquantaine d’années, élégant et solide », admet bien la nécessité de quelques réformes ; mais il n’entend pas qu’on lui reproche d’avoir fait fausse route, et fièrement il énumère les mérites de sa méthode, laquelle, suivant lui, peut s’appliquer à tous les sujets, et revêtir les formes les plus opposées. La psychologie ? Mais le naturalisme lui fait sa part, comme au reste : il se borne seulement à indiquer les effets des mouvemens intérieurs, au lieu d’en analyser le détail à perte de vue. Les autres formules littéraires ? Mais aucune ne mérite même d’être prise au sérieux. Et là-dessus M. Verga passe en revue l’œuvre de ses confrères, avec une sévérité mêlée d’amertume.

Tout autre nous apparaît M. Capuana, « un petit homme chauve, rose, un peu obèse, avec une expression pleine de douceur. » Celui-là ne se plaint pas, ne récrimine pas ; il trouve que tout va pour le mieux, et que jamais la littérature italienne n’a été plus florissante. Les ouvrages du caractère le plus opposé, les tableaux de mœurs de M. de Roberto, les poèmes de M. d’Annunzio, les analyses psychologiques de M. Butti, tout lui semble également admirable. Et il reconnaît ensuite qu’au théâtre « le progrès est encore plus sensible que dans le roman. » Voilà un véritable optimiste : et c’est encore, de tous les écrivains que nous présente M. Ojetti, l’un des plus aimables, et des plus sensés. Après cela de quoi se plaindrait-il ? Ses livres se sont vendus, ses pièces ont réussi ; et il a en outre le bonheur de pouvoir librement travailler et rêver « au cœur de la vieille Rome, dans une vaste chambre pleine d’air et de lumière, avec autour de lui d’innombrables livres, tous pareillement vêtus de parchemin blanc. »

Veut-on connaître maintenant quelques auteurs dramatiques