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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/438

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Certes, on ne peut que déplorer que des capitaux français n’aient point pris, à Tébessa, la place exclusive à laquelle ils auraient pu prétendre. Mais ce serait étrangement méconnaître les premiers besoins de l’Algérie que de détourner, on ne sait dans quel intérêt, les capitaux étrangers de s’y aventurer. Depuis quand, au contraire, ces capitaux n’auraient-ils point, sur le sol algérien, droit aux mêmes protections que les capitaux français ? Ne sont-ils point susceptibles de contribuer, aussi efficacement que ceux-ci, à la mise en valeur des richesses algériennes, et, à ce titre, ne méritent-ils point les mêmes encouragemens et les mêmes faveurs ? La vérité oblige même à reconnaître que, jusqu’à présent, les capitaux anglais ont montré, pour les affaires algériennes, un empressement que sont loin d’avoir témoigné les capitaux français. L’exploitation de nombre de mines, celle de l’alfa, la recherche du pétrole, la construction du boulevard de la République à Alger, autant d’entreprises uniquement dues à l’initiative de capitalistes anglais. A Tébessa même, les sociétés anglaises, dont on incrimine l’ingérence, ont déjà consacré des millions à l’exploitation des gisemens concédés. Dès maintenant, ceux-ci sont reliés par des voies ferrées à la ligne du Bone-Guelma, et, en définitive, si la question des phosphates algériens se pose comme elle se pose aujourd’hui, c’est, il faut bien le reconnaître, grâce à la hardiesse et à l’initiative dont a su faire preuve M. Crookstone. Les aurait-on, au même degré, rencontrées chez des capitalistes français ?

Dans ces conditions, est-il prudent, est-il sage d’inquiéter et d’éloigner de l’Algérie des capitaux susceptibles de lui rendre de tels services ? Ne s’exposerait-on point à de graves mécomptes, en considérant comme démontré que les capitaux français sont disposés à profiter du privilège qu’on semble vouloir leur réserver dans les affaires algériennes ? Aussi bien, ce ne sont point des critiques de ce genre qui auraient pu permettre de revenir sur les concessions en face desquelles on se trouve à Tébessa, et empêcher qu’on ne les considère comme autant de faits accomplis.

Mais telle n’est point peut-être l’impression qu’on éprouve, quand on examine ce qu’on pourrait appeler le côté intime des concessions incriminées, c’est-à-dire quand on se préoccupe de leur moralité et de leur légalité mêmes. Une interpellation récente, portée à la tribune du Sénat, vient de mettre en pleine lumière ce côté intime que, dans le public, on avait ignoré jusqu’ici.

Assurément, les détails du discours de M. Pauliat ne sont point de nature à diminuer les préventions dont l’honorable sénateur du Cher a déjà le privilège dans certains milieux de la colonie. Mais, en Algérie comme en France, les hommes impartiaux ne pourront que rendre hommage à la préoccupation évidente qui le domine lorsqu’il