Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/424

Cette page n’a pas encore été corrigée


tandis que le père de la mariée disait au père du marié : « Aujourd’hui, j’ai donné ma fille en mariage à votre fils ! » Les nouveaux époux se prirent par la main et firent trois fois le tour du dais ; ils marchèrent sur une pierre à moudre le riz, contemplèrent les étoiles, et pénétrèrent dans la chambre nuptiale, accompagnés des vœux de tous les assistans.

Un matin, Nagasamynaïker, le taliari, vint annoncer à Mouttousamy, qui conversait avec ses amis en plein air, qu’une troupe de jongleurs et d’acrobates était arrivée dans le village et qu’elle campait dans un petit bois de manguiers, non loin de la pagode. La nouvelle se répandit comme un l’eu de paille dans Mangalam en émoi ; les enfans accoururent vers le petit bois tandis que les mères et les sœurs se hâtaient de préparer le repas de midi, afin de jouir plus tôt du plaisir promis.

Ces jongleurs étaient des tambaravas, des nomades, quelque chose comme nos forains, qui voyagent en famille ; et vont de village en village, faisant des tours d’adresse ou de force. Ils durent demander la permission de Mouttousamy, et la représentation fut fixée à trois heures de l’après-midi. Bien avant l’heure, les habitans de Mangalam, et jusqu’aux pariahs, arrivaient devant la maison de Mouttousamy, assis avec ses amis sur des nattes, à proximité des artistes. Toutes les autres personnes étaient debout, formant un cercle compact, les femmes à pari, et les plus agiles des gamins perchés dans les arbres, pour mieux voir. Sur un signal du chef du village, le plus âgé des tambaravas fit résonner son tam-tam ; de nouveaux spectateurs vinrent se mêler à la foule ; et la représentation commença. Tout Mangalam était là.

Le jongleur fit son boniment, qui ne manquait ni d’éloquence ni d’adresse : « Nobles et braves gens de Mangalam ! s’écria-t-il d’une voix retentissante ; à l’admiration de tous ceux qui ont pu me voir, j’ai exécuté les tours les plus extraordinaires. Le riche zémindar [1] Rangaretty, émerveillé de mon habileté, m’a fait présent d’un pagne brodé d’or ! J’ai montré mes talens devant Ramasamymodeliar qui m’a donné le pagne neuf que ma femme porte en ce moment ! Hier, nous avons exécuté les plus beaux tours devant les habitons du village voisin ; ils m’ont donné de la monnaie, de vieux pagnes et beaucoup de riz ! Je sais que vous avez la réputation bien établie d’être plus généreux. Vous allez voir des tours comme vous n’en avez jamais vu, et je laisse à votre libéralité le soin de me récompenser comme je le mérite ! »

Les tours des clowns hindous et leurs plaisanteries ne diffèrent pas beaucoup, on le voit, de ceux des paillasses barbouillés

  1. Grand propriétaire foncier.