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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/423

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vaillans. C’est maintenant le temps du repos. L’esprit délivré de toute préoccupation, les habitans de Mangalam vont de fête en fête. On célèbre les mariages et l’on accueille avec joie les jongleurs et les acrobates qui s’arrêtent dans le village.

Je passais devant la maison de Balakrichnapoullé — Krichna Protecteur, de la caste poullé — décorée du portique verdoyant des épousailles. Il sortit et, souriant, nie convia à pénétrer sous son toit en fête. Il mariait une de ses nièces. Quelque temps avant. les parens, des deux côtés, avaient longuement médité sur les horoscopes (sathagams) du fiancé et de la fiancée, ce qui leur avait permis de reconnaître que, sur onze points essentiels, les destinées des futurs époux concordaient absolument. Là-dessus, on avait demandé au vieux brahme du village de désigner une date propice, et l’on s’était mis à orner la maison de la jeune fille et à bâtir le pandal où devaient se célébrer les fêtes nuptiales. La sœur du marié apportait trois noix de coco, neuf bananes, des noix d’arock et du safran qu’elle donnait à la mariée pour les partager entre ; ses amies et ses parentes. Les présens du marié, enveloppés dans une toile blanche, étaient remis à son futur beau-père, et c’était tout pour le premier jour.

La date heureuse arrivait, et l’on plantait, comme un mai, un figuier des pagodes a l’angle sud-ouest du jardin de la mariée, le pilier du mariage, le mouhourta-kal. Le soir, les parens de la jeune fille allaient chercher le marié dans un palanquin pour le placer sous un abri de feuillage tandis que des femmes faisaient brûler du camphre. On lui donnait du lait à boire, il mangeait quelques bananes, et venait se mettre sous le dais, le manavaray, aux côtés d’un frère de Balakrichna qui recevait les dons de ses amis. Il se retirait ensuite et la mariée venait le remplacer sous le dais, avec son oncle à elle, pour recueillir sa part de cadeaux. Le vieux brahme Ramanouya, le pourohita, bénit alors les pagnes neufs destinés aux époux, tous les vieillards présens en tirent autant, et l’on envoya chercher le jeune homme et la jeune fille qui se tenaient dans leurs chambres respectives.

La mariée dut aller à la cuisine tracer avec du safran trois lignes circulaires sur une pannelle neuve dont elle orna les bords avec trois feuilles de bétel que nouait un cordon jaune. Elle remplit cette pannelle d’eau et vint s’asseoir sous le dais, à la droite du marié. On apporta, dans une petite boîte de sandal, le thaly, qui fut béni par le brahme et par les parens âgés, après quoi le marié le mit doucement au cou de la mariée. Ils étaient vêtus tous les deux avec magnificence et portaient sur la poitrine des guirlandes de fleurs qu’ils échangèrent en cet instant. Le vieux brahme leur mit un anneau de fer et du safran dans les mains