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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/404

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plus d’un trait l’atelier de Phidias sur l’acropole d’Athènes. On y travaillait à l’exécution d’un projet grandiose, et l’imprudent qui aurait osé comparer le Parthénon, alors si oublié quoique à peu près intact, avec la future basilique du Vatican, aurait fort scandalisé le pape Jules et son architecte favori. Introduit dans ce studio, le jeune Florentin y déploya autant d’intelligence que d’activité. Qui eut dit, en voyant avec quelle ardeur il s’appliquait à pénétrer la pensée du vieux maître, qu’il traiterait bientôt si cavalièrement son grand projet ? Bramante fut charmé du zèle et des heureuses dispositions de son élève. Il l’admit à prendre une part de plus en plus intime à ses travaux, et alla jusqu’à lui permettre de diriger en personne certains détails de la construction. C’est ainsi que le jeune homme se perfectionna dans l’art de bâtir, où il surpassa l’oncle de Raphaël, et qu’il se prépara au rôle qu’il devait jouer un jour comme architecte en chef de la basilique.

C’était un brillant début, qui ne pouvait manquer d’attirer et qui attira, en effet, l’attention sur le jeune artiste. Un des premiers à lui témoigner son estime fut le cardinal Farnèse. Voici ce qu’écrit Vasari à ce sujet : « La réputation qu’Antonio avait acquise comme architecte et comme constructeur engagea le cardinal Farnèse à s’adresser à lui pour restaurer son vieux palais de Campo de Fiori qu’il habitait avec sa famille. Antonio ne voulut pas laisser échapper cette occasion de se produire. Il présenta divers projets au cardinal, et Sa Seigneurie en choisit un qui, par sa distribution en deux appartenons, semblait devoir convenir à ses deux fils Pier-Luigi et Ranuccio. Cet ouvrage fut aussitôt commencé. »

C’était bien cette fois d’un remaniement général qu’il s’agissait. Le plan qui reçut l’approbation du cardinal devait toutefois subir, comme on le verra, d’importantes modifications ; voici la raison d’une de celles qui s’imposèrent tout d’abord. Ainsi que le relate Vasari, Farnèse avait deux fils : Pier-Luigi, né en 1503, et Ranuccio, né en 1510 ou 1511. Le premier recevait une éducation militaire ; le second devait appartenir à l’Eglise. Rien de plus naturel que le père eût songé à préparer de longue main, dans son palais, l’appartement du grand seigneur et celui du prélat. Mais il arriva que Ranuccio fut enlevé prématurément à l’affection des siens. On ignore la date de sa mort et l’histoire avait même à peu près perdu sa trace. Une bulle de Léon X, qui lui est consacrée, m’a permis de constater qu’il vivait encore en 1518 et qu’il était alors dans sa huitième année. Tout porte à croire que cet enfant mourut peu après 1518, et que cet événement engagea