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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/387

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aux bénéfices, à l’Union et au Phénix, le double et plus du double des actionnaires ?

Mais pour lutter avec succès contre des mutuelles qui n’ont pas de capital à rémunérer, et qui de plus peuvent faire rapporter 5 pour 100 à leurs réserves, par des placemens hypothécaires qui valent les meilleurs des noires, il faut que nos compagnies françaises jouissent de la même liberté. Il en est une, une seule, à laquelle le gouvernement de Louis XVIII a permis d’acheter des valeurs exotiques. C’est la plus prospère et, loin de solliciter pour elle seule le maintien d’une faveur inique, parce qu’elle est exclusive, le président et le conseil de celle compagnie demandent seulement que le régime plus large sous lequel elle vit devienne le droit commun des assureurs français. Pour moi, je demande davantage : la suppression de la tutelle préventive de l’Etat. Le public doit savoir que la seule garantie réelle c’est, actuellement, l’honorabilité et l’intelligence des administrateurs.

L’Etat, qui ne s’est intéressé aux assurances que pour les écraser d’un lourd impôt, conserve à leur égard les coutumes de la Restauration et du second Empire. Il s’immisce dans leurs tarifs, leur défend de garantir certains risques — le duel par exemple « parce que c’est immoral » — leur impose un emploi très peu productif de leurs fonds, qui occasionne entre elles d’absurdes surenchères sur les terrains parisiens. Tout cela n’empêche pas un malhonnête homme de passer en se jouant à travers les mailles de ce filet de textes si bien tendu ; témoin le président du Crédit Viager, condamné à cinq ans de prison après la faillite de cette compagnie, dont il avait follement dissipé l’avoir. Le seul rôle qui incombe à l’Etat, c’est, par une surveillance, purement répressive, d’obliger les compagnies d’assurances à maintenir toujours en lumière une situation que l’opinion se chargera d’apprécier. Et pour nos compagnies, l’indépendance en matière de placemens et de réassurances, est le seul moyen pour elles de battre les rivaux étrangers avec leurs propres armes.


Vte G. D’AVENEL.