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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/320

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Monseigneur, dans sa séance du 4 du mois d’octobre, le Conseil privé, considérant que le complément des troupes et de matériel demandés en France n’était pas encore arrivé et que la saison était d’ailleurs trop avancée, jugea comme moi que nous devions cette année nous abstenir de reprendre l’offensive. En conséquence de cette décision et trouvant la présence de la Terpsichore inutile dans ces mers, au moins jusqu’en juillet 1831, le lendemain 5 octobre, j’écrivis au gouverneur, et le 6 le conseil privé, réuni pour prendre connaissance de ma lettre, reconnut les besoins de cette frégate et l’avantage de la renvoyer en France pour faire des réparations impossibles à Bourbon. M. le gouverneur se chargera de la direction des forces navales et la conservera jusqu’à l’arrivée du successeur qu’il aura plu à Votre Excellence de me designer.

Le jour même de la rédaction de cette dépêche, il mettait à la voile, et c’est lui-même qui se chargea du transport de sa propre lettre. Lorsque après deux mois et demi de traversée, il arriva à Brest, une grande surprise l’attendait : la France obéissait à un gouvernement nouveau, et sa dépêche devait être remise à un ministre autre que celui pour lequel il l’avait écrite ; il dut y ajouter le post-scriptum suivant : « Brest, 28 décembre. Quand je suis parti de Bourbon le 13 octobre dernier, on ignorait dans cette colonie les événemens survenus en France à la fin de juillet. C’est à la mer, le 6 décembre, que je les ai appris. C’est encore à la mer que j’ai revu pour la première fois le pavillon national à bord du brick français l’Emma, de Caen, que j’ai rencontré dans les parages des Açores, et dont le capitaine, M. Aubert, m’a confirmé ces nouvelles. Je n’ai reçu aucun avis officiel à cet égard. La Terpsichore arrive aujourd’hui sur la rade de Brest, je vais faire connaître ses besoins à M. le préfet maritime. »

Le nouveau ministre à qui arriva cette dépêche était l’un des hommes qui, sous le règne précédent, s’étaient montrés les plus acharnés adversaires des colonies et de la marine, le général Sébastiani. Le retour inopiné du commandant Gourbeyre ne réunit en rien, il ne faisait au contraire ; que devancer ses ordres. Il ne s’étonna pas davantage de la dépêche suivante qu’il reçut quelque temps après du gouverneur de Bourbon :

Monseigneur, m’étant bien pénétré des vues et des intentions exprimées dans la dépêche ministérielle du 8 juin dernier, n° 152, je n’ai pas pensé que je dusse conserver plus longtemps à Bourbon les troupes expéditionnaires de Madagascar et prolonger indéfiniment les dépenses qu’elles y occasionnent. C’est, dit la dépêche précitée, à une conclusion prompte, honorable et sans effusion de sang que doivent tendre tous nos efforts. Il y est en outre interdit de n’entreprendre d’expédition armée qu’autant que le succès en serait prompt… Votre Excellence reconnaîtra par tout ce qui a été dit que ces recommandations ne peuvent être remplies ; qu’avec les forces actuelles de l’expédition l’état de guerre doit se prolonger indéfiniment… Dès lors, le renvoi des troupes en France m’a paru être conforme au vœu du paragraphe suivant de la dépêche ministérielle déjà citée : « A cet effet, et