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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/319

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Telle avait été, pendant l’absence du commandant Gourbeyre, la triste situation des défenseurs de Tintingue. Dès qu’il connut ces faits, le gouverneur de l’île Bourbon, le comte de Cheffontaines, s’empressa de pourvoir au commandement des établissemens de Madagascar, et en annonçant au ministre la perte de l’officier qui avait exercé ces fonctions, il lui faisait connaître le choix qu’il avait fait pour le remplacer :

Monseigneur, écrivait-il le 19 avril 1830, j’ai l’honneur d’annoncer à Votre Excellence que M. Gailly, capitaine en 1er d’artillerie, auquel j’avais confié provisoirement le commandement de nos établissemens à Madagascar, est décédé le 13 janvier dernier. En rendant compte du départ de cet, officier, avec l’expédition commandée par M. le capitaine de vaisseau Gourbeyre, j’avais exprimé à Votre Excellence quel prix j’attachais aux services que l’on pouvait en attendre pour la création d’un nouvel établissement. C’est aussi sur les constructions de Tintingue dont il avait formé le plan que la mort est venue le frapper. Le gouvernement a perdu dans M. Gailly un zélé serviteur. Par cette mort et celle de M. Schœll, les établissemens français se trouvaient privés d’un commandant particulier. Ces fonctions ont été provisoirement confiées à M. Carayon, du zèle et de l’activité duquel j’ai déjà eu occasion de rendre à Votre Excellence l’honorable témoignage [1].

Jusqu’au commencement de juin, la fièvre continua de sévir à Tintingue ; elle cessa enfin avec l’hivernage et la nouvelle en fut apportée à Bourbon par un navire qui y parvint le 7 juin. L’établissement était alors remis dans un état satisfaisant. C’était, semble-t-il, le moment de reprendre les opérations de l’expédition. Sur la demande même du commandant Gourbeyre le gouvernement de la métropole avait décidé l’envoi à Madagascar de 800 hommes de renforts, le double de ce qui, l’année précédente, avait été suffisant pour remporter des succès. Déjà la plus grande partie de ces troupes était arrivée, et 675 hommes stationnaient à Bourbon, en rade de Saint-Denis, impatiens d’être débarqués et d’agir. Mais le commandant en chef, si ardent et si pressé l’année précédente d’engager les hostilités, semblait maintenant comme frappé de stupeur ; et d’autre part, l’actif et énergique gouverneur de Bourbon, le comte de Cheffontaines, arrivé au terme de ses fonctions, dut quitter la colonie et ne se trouva plus là pour stimuler ce zèle languissant.

Le nouveau gouverneur n’eut point pour l’expédition de Madagascar le zèle actif de son prédécesseur. Il semblait la considérer comme un legs onéreux, et une cause d’embarras ; si bien que le commandant Gourbeyre, découragé lui-même, ne sut prendre d’autre résolution que celle de rentrer en France. Le 13 octobre, il rédigeait cette lettre au ministre :

  1. Dépêche du 19 avril 1830 (Archives coloniales).