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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/303

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Un aussi violent affront commença à émouvoir le calme du gouverneur de Bourbon, M. de Freycinet, qui, le 31 mars 1825, écrivait au ministre de la marine : « Les affaires deviennent pressantes à Madagascar. Le Fort-Dauphin est occupé par les Hovas, qui en ont enlevé le pavillon français. » Et cependant, quelques mois après, le même gouverneur consentait, — chose presque incroyable, — à faire passer et transmettre par un navire de Bourbon les lettres par lesquelles le chef hova qui venait de chasser les Français de Fort-Dauphin, cerné à son tour par les tribus environnantes et hostiles, demandait à Radama des secours pour le tirer de cette position critique.

L’année suivante, en 1826, arriva enfin à Bourbon un gouverneur plus énergique, le comte de Cheffontaines, qui s’empressa de faire connaître au ministre cette lamentable situation et les conséquences déplorables du système de temporisation suivi jusqu’alors à Madagascar. D’accord avec le conseil privé de Bourbon, il jugeait une expédition indispensable pour relever le prestige de la France, si singulièrement compromis, et il estimait que l’effectif devrait se monter à 2 frégates, 2 bricks, 2 corvettes de charge, 1 bataillon d’infanterie, une compagnie d’artillerie, une demi-compagnie d’ouvriers et 200 hommes de troupes noires.

Le gouvernement français admit en principe la nécessité de l’expédition proposée, et le baron Hyde de Neuville, devenu ministre de la marine le 3 mars 1828, s’occupa d’en préparer l’exécution. Ce ministre, qui durant plusieurs années avait résidé en Amérique comme ambassadeur de France, et avait pu là juger des résultats merveilleux de la colonisation, avait sur la nécessité d’une politique coloniale et sur l’organisation des colonies les idées les plus larges et les plus sages. Toutefois, tout persuadé qu’il fût de l’opportunité d’une action prompte et énergique à Madagascar pour y faire respecter nos droits et y établir nos intérêts, arrêté par des considérations d’économie et par la crainte de cette terrible opposition qui ne laissait passer aucune demande ! de crédits sans la discuter avec la dernière rigueur, il ne put malheureusement donnera l’expédition projetée toute l’importance qu’avaient souhaitée le Gouverneur et le conseil privé de Bourbon. Dans le rapport par lequel il exposait au Roi et les moyens à employer et le but à atteindre, il disait :

Après avoir mûrement réfléchi sur ces demandes, j’ai pensé qu’elles n’étaient pas susceptibles d’être accueillies. L’armement proposé nécessiterait un déplacement de forces maritimes et militaires ainsi que des dépenses auxquelles mon département et celui de la guerre pourraient difficilement pourvoir en ce moment… Je pense que le gouvernement de Votre Majesté