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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/296

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n’imaginait pas qu’un jour, chez un peuple qui, lui aussi, a tant de ressources pour le commerce, on pourrait mettre en problème s’il ne fallait pas abandonner ces marchés tout trouvés, tout faits, et auxquels le commerce de ce peuple était accoutumé… Il est temps, dans une pareille matière, de voir les choses on grand, de chercher à répandre dans tout l’univers les produits de notre sol et de notre industrie, et non pas nous borner à les étaler au Louvre [1] ! »

Et comme les orateurs de gauche avaient, comme toujours, parlé avec emphase de ce que coûtaient les colonies, l’orateur ajoutait : « M. le ministre de la marine vous a fait observer avec raison que jamais on n’a appliqué aux provinces françaises les raisonnemens qu’on prétend faire valoir contre les colonies. Par exemple, la ville de Paris verse dans le Trésor à peu près 100 millions ; je ne serais pas éloigné de la vérité en affirmant que le Trésor dépense pour elle près de 300 millions : direz-vous que la ville de Paris coûte à la France 200 millions ? Non, sans doute, car ces dépenses tournent à l’avantage de toute la France. Il en est de même relativement à nos colonies. »

Quelques années plus tard, dans la discussion du budget de 1827, la gauche continuant toujours cette lutte acharnée et aveugle, le comte du Hamel proférait à la tribune un éloquent cri de douleur devant notre empire colonial détruit, et, d’une façon pour ainsi dire prophétique, montrait la puissance anglaise s’élevant sans relâche de notre abaissement : « Par un pénible contraste, disait-il le 6 juin 1826, quelle extension colossale a prise le système colonial de nos voisins !… Sa position, semblable à celle de l’ancienne Rome, conquiert plus de contrées dans la paix que dans la guerre. Le nord de l’Amérique, une partie de ses côtes du sud, les plus belles Antilles, presque tous les nouveaux continens et les îles de la mer du Sud et de l’Atlantique, les côtes d’Afrique, le cap de Bonne-Espérance, les îles les plus importantes de la Méditerranée et une multitude d’autres parties du globe obéissent à l’Angleterre… Ce peuple entreprenant introduit dans toute cette multitude de contrées non seulement sa domination, mais encore sa religion, sa langue, ses habitudes ; il ne suffit pas à cette politique anglaise qu’un pays soit à l’Angleterre, il faut qu’il soit anglais. »

C’est bien là, en effet, la véritable et vraiment grandiose ambition de l’Angleterre, et c’est celle ambition qui fait sa puissance. L’un de ses grands hommes d’Etat, M. Gladstone, disait devant la Chambre des communes en 1851 : « Le grand principe

  1. Il s’agit ici d’une exposition, — prélude de nos grandes expositions internationales, — qui était alors ouverte au Louvre.