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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/23

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Paris n’avait pas seulement horreur de la flagornerie ; il aimait la vérité toute nue. Il s’impatientait même des ambages auxquelles croyaient devoir recourir quelques personnes, lorsqu’elles voulaient lui faire entendre certaines choses qu’elles supposaient ne pas lui être agréables. « Pas de circonlocutions, je vous en prie », disait-il parfois, et même avec une certaine vivacité ; car, n’eût été la conscience et la crainte de faire de la peine, il aurait été assez enclin à l’emportement. Il ne lui fallut pas longtemps pour me déshabituer des circonlocutions et me mettre sur le pied de lui dire mon sentiment, lors même qu’il n’était pas tout à fait conforme au sien. C’est ainsi que je lui témoignai plusieurs fois le regret de ce que, pour des raisons de moi mal connues, il eût ajourné la visite qu’il s’était engagé à faire à M. le Comte de Chambord, après l’abrogation des lois d’exil. Dans nos relations avec nos collègues de la droite, nous nous heurtions encore à certaines méfiances, et je croyais que, faite plus tôt, cette visite les aurait dissipées. Mais j’étais bien d’accord avec lui qu’une fois différée, il fallait attendre une occasion pour l’accomplir. Cette occasion, le 24 mai vint tout naturellement l’offrir.

La chute de M. Thiers avait fait arriver les monarchistes au pouvoir. Le palais de la présidence était occupé par un maréchal de France qui ne demandait qu’à en sortir. Ne pas profiter de circonstances aussi favorables pour commencer une vigoureuse campagne monarchique eût été une faute impardonnable de la part de ceux que l’expérience de ces deux années avait confirmés dans leur méfiance et leur déplaisance de la république. Mais le signal de cette campagne ne pouvait être donné que par une visite de M. le Comte de Paris à M. le Comte de Chambord. Cette démarche me paraissait donc plus nécessaire que jamais ; aussi, dans les derniers jours de juillet 1873, je me permis de lui écrire à ce sujet une lettre pressante. Je m’étonnais de rester plusieurs jours sans réponse, car il était un correspondant très exact. Mon étonnement cessa quand je reçus la lettre suivante :

Vienne (souligné), 3 août 1873.

« Mon cher ami,

« La date ci-dessus est, je crois, la meilleure réponse que je puisse faire à votre lettre reçue à l’instant.

« Je suis arrivé hier soir : j’ai demandé d’être reçu à Frohsdorff ; je n’ai pas encore de réponse. J’ai la conscience tranquille. Je ferai pour le mieux, et désire en tout cas éviter tout ce qui ressemblerait à un éclat. Il vaut mieux ne pas parler de moi et