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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/155

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préparer, à saler, à conserver, on concevra combien la propagation de la pomme de terre a favorisé l’élevage du porc : en 1850, nous n’en comptions en France que 5 millions ; en 1867, leur nombre s’élevait à 6 millions ; en 1882, il atteignait déjà 7 millions.

Consommation humaine dans les campagnes, fabrication de la fécule, de l’alcool, nourriture des porcs, tels sont les usages auxquels se prêtent les pommes de terre de grande culture. Ainsi qu’il a été dit déjà, nous lui consacrons en France près d’un million et demi d’hectares : or, si nos cultivateurs bien conseillés, plus attentifs qu’ils ne le sont d’ordinaire, abandonnent leurs variétés peu prolifiques et consentent à planter celles qui sont préconisées aujourd’hui ; s’ils donnent des labours plus profonds, s’ils emploient des engrais appropriés à la nature de leur sol, les rendemens vont s’élever : de 80 à 100 quintaux à l’hectare, ils monteront à 200 ou 250, et alors n’est-il pas à craindre que nous nous trouvions devant une production hors de toutes proportions avec nos besoins ?

M. Aimé Girard a très bien compris qu’il y avait là un danger qu’il fallait conjurer en ouvrant à la pomme de terre de nouveaux débouchés : or depuis longtemps, dans quelques-uns de nos départemens de l’Est, on donne au bétail des pommes de terre cuites ; mais aucune expérience régulière n’avait été entreprise pour connaître les effets de cette ration, quand mon savant confrère entreprit la longue série d’études qu’il continue encore aujourd’hui.

L’analyse montre que la pomme de terre cuite est beaucoup moins aqueuse que la betterave fourragère employée habituellement pendant l’hiver à l’alimentation des bêtes à cornes : aussi peut-on substituer aux 50 kilos de betteraves donnés journellement 25 kilos de pommes de terre ; en ajoutant, pour constituer la ration des bœufs à l’engrais, 7kil,500 de foin, 5 kilos de paille, et 30 grammes de sel, on a très bien réussi, et au dernier concours agricole des Champs-Elysées on a pu voir en excellent état des animaux dont l’engraissement avait été ainsi conduit.

Il est d’autant plus intéressant de faire entrer la pomme de terre dans l’alimentation des animaux, que cette plante donne encore des récoltes passables pendant les années sèches, si contraires à la production des betteraves et à la végétation des prairies. On se rappelle quelle influence déplorable a exercé sur nos étables la sécheresse persistante qui a régné pendant le printemps et l’automne de 1893 [1] : si les cultivateurs avisés consacrent une partie de leurs domaines à la plantation des variétés de pommes

  1. Voyez la Revue du 15 octobre 1893.