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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 131.djvu/120

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Regnicolar Deputation qui, en 1868 et on 1873, avait change des intérêts croates, a souscrit à une sorte d’indivision léonine, en une matière où l’indépendance réciproque était la seule garantie du faible contre le fort. Les impôts augmentent ; leur recouvrement donne bien à des scènes qui rappellent de loin celui du haratch ; et grâce à des artifices que le docteur Franck, le 28 juillet de l’année dernière, qualifiait en pleine diète de « fraudes d’Etat » la situation continue à être présentée par les Hongrois sous le faux jour d’une charité permanente faite par leur nation à la Croatie.

Cette région, surtout agricole, aurait besoin d’un bon réseau vicinal et de quelques tronçons de chemins de fer, se raccordant aux grandes lignes qui la traversent, pour écouler les produits de son élevage et de ses bois. Le ministère commun de Pesth les lui a refusés, surtout pendant les dix premières années du fonctionnement de la Nagoda. Son grand souci fut d’attirer au centre de la Hongrie le commerce de l’Adriatique. Il a construit le chemin de fer de Pesth à Fiume en négligeant ce qui ne concourait pas à ce but et en supprimant ce qui pouvait le contrarier. La Croatie, traitée, au point de vue économique, en simple région de transit, non seulement n’a tiré de cette ligne qu’un avantage médiocre, mais a vu tomber son propre commerce maritime, sa navigation à voiles et l’ancienne prospérité de ses petits ports, par la redoutable concurrence de Fiume, dont l’importance dépasse aujourd’hui celle de Trieste.

Avec l’occupation de la Bosnie, en 1878, s’ouvre, pour les Croates, une ère plus favorable. Ils bénéficient, grâce à leur position géographique, de quelques-uns des efforts tentés par l’Autriche en faveur de cette province. Le vieux boulevard militaire de Brod sert d’amorce à la voie ferrée qui, par Serajevo, relie l’Adriatique à la Save. Un peu d’activité commence à se manifester sur ce grand fleuve mélancolique, autrefois frontière de l’Islam, grâce à la flottille commerciale de ses affluens bosniaques. On a fini par construire en entier la ligne Agram-Brod-Belgrade, qui met en communication les capitales de la Serbie et de la Croatie, soit deux centres jugo-slaves, dont l’isolement avait trop longtemps servi les intérêts magyars. De vagues encouragemens, sous forme d’écoles professionnelles, sont donnés au commerce et à l’industrie.

Agram est devenue une grande ville, attrayante, animée, où la couleur locale et la civilisation semblent échanger des sourires. Aux abords de la magnifique place Zrinjski, l’Etat a fait construire une nouvelle gare. Par Agram passeront peut-être un