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Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/959

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mais sa visite à l’empereur d’Autriche se reproduit presque tous les ans. Pourquoi cette visite aurait-elle, cette année, un autre caractère que les années précédentes ? S’il y a eu un rapprochement plus étroit entre la Roumanie et les puissances du centre, ce n’est pas là un fait tout nouveau. Dès le mois de septembre dernier, le ministre des affaires étrangères de l’empire austro-hongrois en parlait très ouvertement aux Délégations. « Un autre pays voisin, disait le comte Kalnoky, auquel il est nécessaire de consacrer quelques mots, est la Roumanie. Cet État est, parmi ceux qui ne font pas partie de la triple alliance, l’un des premiers qui se sont rendu compte de la nature pacifique de cette alliance et qui se sont résolus à s’y associer et à chercher à s’appuyer sur les puissances de l’Europe centrale. Les relations très amicales que nous avons en conséquence entretenues depuis des années en Roumanie se sont montrées durables, et l’impulsion donnée à ce point de vue par le roi de Roumanie et son gouvernement a trouvé dans le pays un écho de plus en plus retentissant. » Voilà, certes, un langage plus significatif encore qu’une simple visite du roi Charles à l’empereur François-Joseph, et pourtant on a fait l’année dernière moins de bruit autour de ces paroles qu’on n’en fait aujourd’hui autour de l’entrevue d’Ischl. Cela prouve que les choses tirent une grande partie de leur importance du moment où elles se produisent et des circonstances qui les accompagnent, et, comme nous le disions tantôt, les puissances recherchent aujourd’hui les occasions de donner plus de relief à leurs groupemens politiques. Certaines situations en deviennent plus précises : aucune jusqu’ici n’est apparue sensiblement modifiée aux yeux de l’observateur attentif.

Ce serait, par exemple, exagérer beaucoup la valeur de l’arrangement conclu en Afrique par l’Angleterre et par l’Italie, que d’y voir, comme certains journaux essaient de le faire, un indice de rapports nouveaux qui se seraient formés entre les deux pays. L’existence de cet arrangement a été révélée par M. le baron Blanc, dans le récent discours qu’il a prononcé devant la Chambre des députés italienne. Il porte, paraît-il, sur la « délimitation septentrionale la plus pratique » des possessions italiennes en Erythrée. Il aurait été signé avec « les autorités anglo-égyptiennes », expression qui n’a pas encore cours dans le vocabulaire du droit des gens et dont il faut laisser toute la responsabilité au ministre des affaires étrangères d’Italie. Au reste, et sauf des détails de forme comme celui-ci, le discours, ou plutôt les discours prononcés par M. le baron Blanc, sont d’une correction parfaite, et ils ont produit en Europe une bonne impression. Il y règne même un ton de bonne humeur qui n’est pas fait pour déplaire. Après les longs et laborieux efforts dont on n’a pas perdu le souvenir, l’Italie est parvenue à se créer en Erythrée une colonie dont elle est satisfaite, et qu’elle commence à montrer aux autres nations avec un légitime orgueil. Quoi